Mais qui est-il ?

Mon contact à Washington me dit qu’on n’a pas affaire à un élève mais qu’on a affaire au professeur. Quand l’armée monte une opération qui ne doit pas échouer, c’est à lui qu’ils font appel pour entraîner les troupes, d’accord ? C’est le genre de type qui boirait un bidon d’essence pour pouvoir pisser sur ton feu de camp. Ce mec-là, tu le largues au Pôle Nord, sur la banquise avec un slip de bain pour tout vêtement, sans une brosse à dent, et demain matin tu le vois débarquer au bord de ta piscine avec un sourire jusqu’aux oreilles et les poches bourrées de pesos. Ce type-là est un professionnel.

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lundi 22 juin 2009

Tétons flagués

Le mois dernier, c’était mon anniversaire, ce qui m’arrive, croyez-le ou non, une fois par an. Comme à chaque fois, ma tendre mère, dans le but de me faire plaisir le plus possible (et m’éviter de feindre l’émerveillement comme j’ai du le faire il y a deux ans face à une chemise à rayures couleur taupe et un polo indescriptible mais affreux quand même), a commencé à me demander ce que je voulais comme cadeau 30 jours avant la date avec répétition tous les deux jours jusqu’à l’obtention d’une réponse, avec la régularité et l’acharnement d’un robot pitbull ayant boulotté un métronome.

Mais cette année, c’était facile : me renouveler ma garde-robe sportive d’urgence. Parce que mes shorts, pour vous donner une idée, je les ai portés pour la première fois en cours d’EPS. Au lycée. En seconde. Et quand tu penses que je ne suis né ni dans les années 90, ni dans les années 80, tu as une idée des antiquités que je me trimballais sur le derrière jusque là (et combien j’ai fait du sport ces dix dernières années, mais c’est un autre sujet). Et pour le haut, c’est à peu près la même chose : du recyclage de T-shirts déformés aux couleurs délavées et de marques dont on n’a pas entendu parler depuis le siècle dernier, genre Gotcha ou LC Waïkiki. D’accord, ça ferait peut-être de moi l’avant-garde de la mode à Tirana, mais j’ai vu des mecs hésiter à passer après moi à la presse papillon à la salle de sport, des fois que mes loques vintage soient contagieuses, j’imagine.

Profitant d’un séjour maternel dans la capitale, nous nous sommes donc rendus bras dessus bras dessous (car oui, je tiens le bras de ma mère dans la rue, je suis un fils à sa maman et si ça pose un quelconque problème à qui que ce soit, je vais le lui dire et rira bien qui rira le dernier) dans un magasin de sport pour le dévaliser, et c’est parti pour une séance d’essayage, mes kilos perdus à foison ces dernières semaines nécessitant de revoir à la baisse les tailles que j’avais pour habitude de prendre les yeux fermés jusque là. Et là, c’est le drame, comme on dit.


N'oubliez pas d'admirer mon ficus au passage


Ma mère ne savait pas pour mes tétons. En sortant de la cabine d’essayage, je n’avais pas vu à quel point ça se voyait, et le temps que je me mette devant le miroir, je sentais son regard insistant, essayant de comprendre pourquoi elle avait l’impression que j’avais trois tétons de chaque côté, sachant qu’à ma naissance, elle avait du bien remarquer que je n’en avais en tout et pour tout que deux.
« Tiens, ça fait une forme bizarre, tu as si froid que ça ? » en les pointant du doigt.
« Mais m’man euh ! Je t’expliquerai, arrête, steuplé » me les cachant avec les mains.
Bien sûr sous le regard goguenard du vendeur assistant à la scène et qui avait tout compris en une seconde, mais mes hontes, si elles ne se déroulaient pas à chaque fois devant un maximum de spectateurs, ne seraient pas vraiment des hontes, n’est-ce pas ?

En rentrant chez moi, j’ai donc du m’expliquer.
« Tu m’avais pourtant dit que ceux de tes oreilles étaient les derniers, c’est quoi la suite, tu vas en faire plus bas ? »
« … »
« Le nombril je veux dire » rougissant jusqu’aux oreilles, se rendant soudainement compte du manque de précision de sa question pouvant laisser penser qu’elle voulait savoir si j’avais des projets de décoration dans mon slip.

J'ai alors trouvé le moment opportun pour m'évanouir afin d'échapper à cette conversation.

- Posté à 18:01 -
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jeudi 11 juin 2009

Coach culotté

Le piège de la musculation, toi qui ne sais pas parce que tu es un maigrichon risible avec des bras de poulet qui a des bras ou toi qui t’en fous parce que tu t’appelles Vin Diesel (salut ! ), c’est de se faire mal au dos. Parce que c’est bien beau de soulever de la fonte comme un foufou pendant deux heures, mais si tu as deux mois de convalescence derrière pour soigner ta colonne vertébrale en forme de Z, il ne faut pas être pressé de troquer sa crème Danette abdominale pour des plaquettes de Poulain. Alors j’ai fait comme la Femme, j’ai demandé l’aide d’un coach pour me guider parmi les instruments de torture divers et variés de ma salle de gym préféré.

Quelques minutes avant mon rendez-vous, j’étais inquiet et partagé entre deux sentiments. Opposés évidemment. D’un côté j’espérais secrètement qu’en me voyant m’avancer vers lui au ralenti à travers la salle avec la musique des Chariots de feu en fond sonore, un léger courant d’air balayant mes cheveux, il se lèverait de son tabouret et commencerait doucement à applaudir, la lèvre inférieure remontée et l’œil admiratif, avant de me parler avec déférence « excusez-moi, mais là vous êtes au dessus de mes compétences. Par contre, décalez-vous un peu pour ne pas être dans le champ de vision des gras du bide qui pédalent, j’en vois quelques uns qui sanglotent ». De l’autre, j’avais peur que notre premier contact visuel se résume à un éclat de rire suivi d’un « hey mais bouboule, mon boulot c’est coach sportif moi, je suis pas Sylvain Mirouf le magicien ni à la recherche d’un mannequin pour chips à la choucroute, qu’est-ce que tu veux qu’on fasse de toi ? Tu as 10 ans devant toi, au moins ? Hey Roger, viens voir l’engin qui me tombe du ciel, tu vas rire », tout en me tâtant les poignées d’amour du bout du pied.

En fait, rien de tout ça.

Par contre, il m’a tellement bien soigné au niveau de la liste des exercices à effectuer que je me demande si la seconde théorie n’est pas la plus réaliste. Le maître mot selon lui pour ne pas se faire mal donc, c’est « dos droit et pas trop de poids ». « Tu vois le mec là, avec les auréoles ? Il se pète le dos en faisant comme ça, c’est juste n’importe quoi, il veut faire le malin en chargeant trop la mule et demain il va pleurer sa mère en se levant ». Ce qui était un peu gênant, parce que ledit mec était à 30 cm de nous, qu’il avait parfaitement entendu et qu’il nous regardait d’un air dépité et le muscle tremblant. « Et celui-là, avec les auréoles, tu vois comment il fait ? Ben tu feras le contraire, lui c’est nul. Par contre, ce type avec les auréoles, là bas, au fond, lui il ne se fait pas mal. Mais il ne ferait rien, ça serait pareil, cette machine elle ne sert à rien, j’aime pas ».

Au final, je me retrouve avec un programme de deux heures de musculation à reproduire deux fois dans la semaine. Sans compter le cardio. Et les abdominaux (« pas besoin de machine pour ça, tu prends un tapis et plus t’en fais, mieux c’est, tu me fais six séries à chaque fois ». Six séries de combien ? « tu termines une série quand tu es mort » Ah ok). Et je les espace de combien, mes séances du muscu ? « De quatre jours pour laisser reposer le muscle ». Deux séances par semaine espacées de quatre jours ? » Dis-je avec un sourire en coin. Mais la finesse est passée inaperçue.

Notre échange s’est terminé par une déclaration d’amitié virile de sa part, me jurant qu’il serait toujours là pour moi si j’avais besoin de lui et qu’il ne fallait pas hésiter à venir le voir, mais vraiment pas, que ce soit demain ou dans un an. J’ai eu peur qu’il veuille ensuite faire un pacte de sang à la vie à la mort, mais les effusions se sont heureusement arrêtées là.

Et bien y’a plus qu’à, maintenant.

- Posté à 16:52 -
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mardi 9 juin 2009

Janus Horribilis

Il y avait plein de jeux de mots plus désopilants les uns que les autres qui me venaient à l’esprit pour le titre, mais j’ai opté pour celui-ci car il était le seul qui ne soit pas à caractère ni sodomite, ni scatologique. Ces bases étant posées, passons au cœur du sujet.

Dans la vie, j’ai deux passions. Les bagnoles et l’écologie. Et ouais, ça aurait pu être les bagnoles, le décapsulage de bière et le foot ou l’écologie, le macramé et la guitare autour d’un feu en chantant Kumbaya pour que ce soit un peu homogène mais non, c’était trop facile, moi c’est les bagnoles et l’écologie. Attention, pas de la citadine toute neuve qui émet autant de CO2 que papy qui ronfle, non, de l’ancienne à carbu double corps, qui roule au super plombé et qui fait trembler les vitres à l’accélération. Et pas non plus de l’écologie de bonne conscience, genre tu tries tes déchets une fois sur deux depuis que tu as vu Home et tu tires la chasse seulement quand tu fais caca pour économiser l’eau, non, moi ça régit un peu ma vie en fait.

Et il arrive un moment où tu te retrouves face à tes contradictions quand tu te rends compte que le bolide que tu héberges dans ton garage ne te sert qu’à aller faire des tours sans but le week-end. En bref, que tu n’en as pas besoin. Alors, Chevrolet Impala de 1964 ou ourson blanc sur la banquise ? V8 350ci ou réchauffement climatique ? Coupons court à ce suspense insoutenable : je me suis donc séparé de ma voiture de sport de prestige qui tuait deux bébés marguerites de l’Amazonie à chaque coup de gaz. Je craignais que les vapeurs d’essence et les flexions brutales de la cheville droite me manquent cruellement de la même façon qu’une bavette d’aloyau sauce échalote et câpres après que je sois devenu végétarien. Mais non, dans un cas comme dans l’autre, pas l’ombre d’un regret, je me sens juste bien parce que je suis en accord avec moi-même. C’est pas beau ça ? Si.

Sauf que d’un coup, je me suis retrouvé sans grand-chose à faire à la fois de mon temps et de mon argent. Parce que question money pit, la bagnole à Paris, c’est un peu un trou sans fond. Et après une balade en Seine-et-Marne le coude à la portière, les bouchons de l’A4 occupent bien ton dimanche soir.

L’idée m’est venue un beau matin au réveil, alors que j’escaladais par curiosité mon pèse-personne avant d’aller faire pipi dans la douche et que je découvrais un nombre presque à trois chiffres. Tiens, et si tu te remettais au sport et que tu disais non aux chips Lays à l’oignon et aux Pringles paprika avec 25% supplémentaires gratuits, mon gros ? J’ai donc lancé l’opération au nom de code Beau Gosse il y a quelques semaines. Objectif : ressembler à Hugh Jackman dans Wolverine sans les rouflaquettes et les tringles à rideau sur les mains. Du coup, j’ai arrêté de bâfrer des frites mayo à la cantine le midi et j’ai exhumé ma carte d’abonnement au club sportif du coin de la rue et voilà presque un mois que j’y vais tous les jours. Et vous voulez savoir ? J’ai déjà perdu pas loin de 5 kg, je dors comme un bébé la nuit et, ce qui tombe bien vu que je commence à perdre mes pantalons, ma libido a explosé. Une histoire d’endorphines paraît-il, comme me l’expliquait la femme entre deux orgasmes mais je n’ai pas tout compris, elle hoquette plus qu’elle ne parle dans ces moments-là, la pauvre petite. Et histoire de décorer un peu ce nouveau corps d’athlète avec ce gras qui disparaît et ces muscles qui poussent de tous les côtés et dont je ne connais même pas le nom, j’ai rendez-vous en septembre pour me faire tatouer, ça ira bien avec les piercings.

- Posté à 14:27 -
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jeudi 2 avril 2009

Ce qui fait quand même 1,5€

Au lit, mais aussi dans le canapé, sur la proue d’un bateau ou sous un olivier, la Femme aime bien de temps en temps que ça claque, que ça morde, que ça griffe, que ça s’essouffle et que ça crie. Elle n’a rien non plus contre quelques séances de dirty talk comme on dit, surtout si j’en suis à l’origine, ce qui n’est pas pour me déplaire je l’avoue.

Sauf que parfois je suis un peu pris au dépourvu, que je n’ai pas préparé de texte au préalable et que j’ai des difficultés à partir en freestyle. D’habitude, dans ces situations, je préfère garder le silence, mais j’ai voulu faire un effort cette fois-ci. Bien mal m’en a pris.

« Dis-moi des choses » m’avait-elle glissé dans l’oreille entre deux soupirs.
« Mmmm… euh… »
« S’il te plaît… »

Quelques secondes s’écoulent.

« Pute… Pute à 10 balles ! »

Prise d'un fou rire communicatif, nous avons été contraints de suspendre temporairement nos ébats.

- Posté à 14:19 -
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mercredi 1 avril 2009

Crêpe aux marrons et pièce montée

C’est humain : lors des premières fois où on rencontre sa belle-mère, on essaye toujours d’en faire un peu plus que d’habitude pour faire bonne impression. Pas jouer un rôle, non, mais juste ce qu’il faut tenter de se rendre un peu moins imparfait qu’on ne l’est. Cette fois-ci, la rencontre se déroulait à domicile, Belle-maman montant de son trou perdu jusqu’à la capitale pour passer un week-end en notre compagnie. Et c’est avec un enthousiasme explosif que j’avais accueilli la proposition de placer le samedi après-midi sous le signe de la culture, alors que je suis plutôt du genre à regarder Fast n’Furious 3 le son coupé en ressortant les dialogues exacts au mot près, affalé dans mon canapé en calebar, voyez-vous.

Le choix s’était porté sur le Jardin des Plantes cerné d’un côté par le Muséum National d’Histoire Naturelle et de l’autre par la Galerie de Paléontologie et d'Anatomie comparée. Nan mais restez, je ne vais pas vous faire un cours sur les fossiles du Crétacé hein, ce n’est que moi je vous le rappelle. Bref, après avoir visité le premier, sombre et vieillot, puis le second, mélange biblique d’une version macabre de l’arche de Noé et de Moïse traversant les os, le clou de l’après midi pour moi devait être une crêpe que l’on me promettait à l’unique baraque à frites trônant au milieu du Jardin des Plantes.

L’affaire ne s’annonçait pourtant pas si simple : non seulement une dizaine de personnes, chacune flanquée de plusieurs gosses, faisait déjà la queue, mais la progression jusqu’au Graal riche en graisses saturées semblait particulièrement lente. La faute à une équipe de quatre bras cassés (donc deux personnes, si vous suivez bien) qui, malgré une agitation de surface et un empressement fiévreux, semblait aussi efficace qu’un cul de jatte à une compétition de Casatchok. Trois longs quart d’heure s’écoulent et nous voici prêt à passer notre commande.

Et c’est là que tout dérape. Belle-Maman, pourtant normalement d’une politesse exemplaire, oublie malencontreusement le « s’il vous plaît » réglementaire. Nous basculons dans la seconde dans une dimension parallèle. Les deux compères, un grand antillais et un petit blondinet, démarrent au quart de tour, hurlant qu’on leur manquait de respect et qu’on se devait d’être poli devant les enfants faisant maintenant la queue par milliers derrière nous. C’était une situation assez gênante. Mais sûrement pas encore assez, puisque cette fois, c’est la Femme qui a pris le relais.

« Vu le temps depuis lequel on attend, on va dire que le s’il vous plaît était en option ».

Nom de dieu, la boîte de Pandore était ouverte. Se montant la tête l’un l’autre, nos deux crêpistes diplômés de l’académie de Quimper descendent de leurs poneys pour chevaucher des percherons, affirmant, très haut et très fort, qu’ils n’étaient pas à notre service et que si on n’était pas content, il y avait un McDonald’s en sortant du Jardin, à gauche. Jusqu’ici, je me tenais en retrait. D’abord, parce que je n’aime pas trop quand ça crie, ensuite parce que je voulais obtenir ma crêpe rapidement et surtout parce que je n’aime pas endosser le rôle du mâle dominant protégeant les femelles de son troupeau alors que la Femme est tout à fait capable de crever les yeux d’un lion de taille moyenne sans abîmer sa manucure. Mais il y a des limites quand même. Quand le petit blondinet a commencé à faire de grands gestes avec sa raclette tout en nous disant de faire attention comme s’il était sur le point de lancer toute la pègre bretonne à nos trousses, il a fallu que j’intervienne.

« Attention à quoi ? Vous allez nous jeter du fromage râpé dans les yeux, c’est ça ? »

Gloussements dans la file d’attente qui n’en perd pas une miette. La tension reste constante, mais nous parvenons tout de même finalement à obtenir nos crêpes. Finalement ? Non, puisque c’était loin d’être terminé. Fulminant toujours devant ses saucisses de Strasbourg, le second membre de ce duo grotesque prend comme idée de couvrir notre départ de quolibets divers et variés.

« Il y a vraiment des gens pourris ».

Personnellement, je m’en foutais. Vraiment. Mais qu’on puisse dire ça de ma chère Belle-maman qui incarne la gentillesse, la douceur et la discrétion, c’était plus que ce que je pouvais supporter, il fallait que ça reparte dans l’autre sens, en faisant bien sûr preuve d’esprit et d’humour afin de ne pas sombrer dans les méandres honteux de la vulgarité crasse.

« Va te faire enculer ».

Ouais, c’est tout ce que j’ai trouvé à dire devant ma Belle-mère. Visiblement, pour mon nouveau meilleur ami, les plaisirs prostatiques étaient un sujet tabou. Son tablier vole et la porte de sa cahute claque, le voici approchant à grands pas. La Femme s’empare de ma crêpe. Etait-ce pour me la boulotter tranquille derrière un buisson ou pour me laisser mes deux mains à disposition ? Mystère. Je me retrouve donc avec un jeune homme extrêmement agité à un centimètre de mon nez, faisant force grands gestes et mimiques évadés de séries américaines de seconde zone, sans toutefois me toucher.

« Désiré, pense à tes enfants ! » lui crie son collègue.

Décidant soudainement d’emprunter une voie légale, Désiré m’ordonne de rester où je suis pendant qu’il va chercher les gardiens du Jardin. C’est ça, va le dire. Rapporte paquet, manche à balai. Belle-maman me tire par la manche pour qu’on s’en aille, mais il n’en est pas question. Deux uniformes arrivent, précédés du clown toujours très agité.

« Allez, vas-y, répète ce que tu as dit » crie-t-il.
« J’ai dit va te faire enculer » répète-je donc, provoquant grimaces supplémentaires et poings serrés.
« Ah en même temps, il est honnête, il répète ce qu’il a dit » s’exclame le premier gardien, en prenant à témoin son collègue. Celui-ci en convient.
« Oui, c’est vrai. Bon, allez, tout le monde se calme et se disperse. Bonne journée monsieur. »

Nous nous sommes donc exécutés, Désiré compris, regagnant sa cabane en traînant les pieds.

Cette histoire s’est déroulée l’année dernière. Bien loin de choquer Belle-maman comme j’aurais pu l’imaginer, c’est devenu visiblement un sujet de plaisanterie qu’elle aime régulièrement rappeler. Elle n’eut donc aucune réticence à m’accorder la main de sa fille, qui deviendra donc mon épouse l’année prochaine. Pour le meilleur et pour le pire.

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lundi 15 septembre 2008

Tétons flingués

C'était une idée qui me trottait dans la tête depuis quelques temps. Ne me demandez pas pourquoi, je trouvais ça plutôt cool en fait. Et beau. Et sexy. Je m'étais dit "allez, j'attends que l'été et la plage en maillot en bain soient passés et je me lance" et puis ça m'est sorti de la tête. Jusqu'à samedi dernier, où, alors que je servais de porte-paquets pour la Femme en pleine crise de shopping aigüe, j'ai suggéré, sans trop réfléchir en fait, que nous passions sur le chemin du retour par l'échoppe adéquate.

Et voilà le résultat, en noir et blanc parce que "ça gomme les défauts" selon Elle et en serrant les abdominaux dans la limite des stocks disponibles.



Curieusement, il y avait un léger détail que je n'avais que très peu envisagé. La douleur. Et toujours aussi curieusement, cela m'est spontanément revenu en mémoire alors que mon délicat téton gauche était emprisonné dans une pince, et qu'une aiguille d'une taille respectable s'en approchait dangereusement.

Et bien croyez-le si vous voulez, mais ça fait mal.

- Posté à 23:25 -
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mardi 2 septembre 2008

Antonia

Parfois, j’aimerais avoir tort. Juste une fois, juste pour voir comment ça fait. Souvenez-vous, il y a un peu plus d'un an, je m’inquiétais ici de la santé de mon oncle Juan, fringuant jeune homme largement dans sa huitième décennie et qui donnait tout de même quelques signes de fatigue sous la forme d’une putain de saloperie qu’on nomme aussi cancer.

Je me rappelle précisément le jour, c’était le lendemain de la Saint-Valentin, 15 février donc. Mon téléphone portable sonne. C’est ma mère. Jusque là, rien d’inquiétant, elle m’appelle plusieurs fois par jour et non, je n’en ai même pas honte. Seulement cette fois, elle est en larmes.

L’oncle Juan avait donc finalement décidé d’aller voir de lui-même si les oliviers du paradis étaient plus beaux que les siens. Probablement pas, si vous me demandez mon avis car sa vie, toute modeste qu’elle fût sur une île perdue de la Méditerranée, fût celle d’un homme qui n’avait pour ambition que de bien faire les choses.

Prenez son mariage avec la tante Antonia par exemple. Ils auraient dû fêter cette année leur 70ième anniversaire de mariage. Bordel de merde, 70 ans… Et n’allez pas croire ces conneries d’abrutis finis éructant qu’au fil des ans l’amour tout aussi profond soit-il finit invariablement par s’effacer au profit d’une amitié solide certes, mais une amitié quand même, probablement afin de se convaincre eux-mêmes que leur couple est moins bancal qu’un dahu dans la plaine. Eux s’aimaient encore comme au premier jour, c’est certain, il suffisait pour s’en convaincre d’apercevoir l’étincelle dans ses yeux à elle quand elle regardait son homme parler ou sa main à lui qui recherchait sans cesse la sienne.

Jusqu’au bout. Jusqu’à cette ultime Saint-Valentin où Juan a demandé discrètement à son fils d’aller lui chercher un bouquet de roses pour son Antonia. Le lendemain, Juan ne s’est pas réveillé. Mais elle si.

Aujourd’hui, les médecins ne savent pas ce qu’elle a. Elle ne présente aucun symptôme de maladie et est toujours aussi souriante, telle qu’on l’a toujours connue. Elle a même toujours ce petit rire aigu quand elle ne parvient plus à trouver un mot en français, toujours cette façon de serrer mon visage dans ses mains après m’avoir fait la bise, en me fixant de ses grands yeux. Pourtant, elle perd du poids de façon alarmante et paraît plus fatiguée de jour en jour, toujours plus petite dans son grand fauteuil. Présidant traditionnellement les tablées familiales pendant lesquelles elle picore plus qu’elle ne mange, son regard s’évade parfois, son sourire s’efface et je ne peux m’empêcher de me dire qu’elle pense à lui, en attendant de le rejoindre, enfin.

Et tout aussi épouvantable que cela puisse paraître, j’envie Juan, qui a su tellement combler sa femme de bonheur qu’une fois disparu, elle ne peut concevoir de vivre sans lui. Sans arriver jusque là, j’espère juste qu’un jour, que je sois encore de ce monde ou pas, quelqu’un pourra dire sur son lit de mort, seul lieu où cela a véritablement un sens, que j’ai été l’homme de sa vie et que je l’ai rendu heureux.

- Posté à 10:59 -
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mercredi 27 août 2008

Tête de nœud marin

J’ai toujours trouvé difficile à accepter de devoir lâcher de 15 à 30€ toutes les six semaines pour une coupe de cheveux chez le coiffeur, mes besoins à ce niveau étant plus que fonctionnels et tournés vers une efficacité maximum. A l’éternelle demande « et pour le monsieur, qu’est-ce que ce sera ? », ma réponse est en effet invariablement la même : « court ». Pas de carré plongeant, pas de mulet, de raie sur le côté ni même de gel effet saut du lit, juste une coupe pour être à l’aise et suffisamment courte pour ne pas avoir à me battre en duel tous les matins avec un épi réfractaire. Rien en fait qui ne nécessite autre chose que l’utilisation d’une bête tondeuse, mais que les paysagistes capillaires ne peuvent s’empêcher de saupoudrer de quelques cliquetis de ciseaux pour faire genre.

Alors d’accord, vous me direz que ça manque de subtilité et de finesse, que les cheveux peuvent être considérés comme une arme de séduction massive parce qu’ils le disent à la télé. Mais je fais ce que je veux avec mes cheveux. Ou plutôt eux font ce qu’ils veulent, puisqu’il apparaît pour le moins compliqué de leur imposer une discipline quelconque : plaquez-les en arrière et mes cheveux se cabrent. D’où mon désintérêt final complet.

Ne croyez cependant pas que je suis pour autant réfractaire aux charmes de toutes crinières, je n’aime rien tant qu’emprisonner mes doigts dans la délicate chevelure de la femme et regarder ses si fins cheveux se dresser sur sa nuque alors que je lui effleure l’épaule de mes lèvres. Mais rendez-moi ma boussole, je m’égare du Nord.

A la veille de nos vacances d’été, j’arborais une coupe improbable à mi-chemin entre Richard Dean Anderson époque McGyver et Shaft dans sa version originale. Face à trois semaines à l’abri des remarques goguenardes de mes collègues en cas de résultat approximatif, je me décidais à confier ma tête, en plus de mon cœur et de ma bite, à ma chère et tendre qui n’en demandait pas tant. J’étais déjà équipé d’une splendide tondeuse avec sabot intégré réglable qui me servait seulement à me raccourcir la barbe de temps en temps, mais qui pouvait aussi très bien faire l’affaire plus haut.
Après m’avoir fait signer une décharge en bonne et due forme pour éviter les poursuites et armée de la tondeuse susnommée au sabot réglé par mes soins, la Femme s’est donc courageusement mise à l’ouvrage. Après quelques minutes de labeur dans un silence seulement troublé par le bruit de l’appareil, les commentaires de ma coiffeuse débutante ne sont pas faits pour me rassurer. « C’est très court hein ». Comme elle avait commencé par l’arrière de la tête, impossible de voir l’étendue des dégâts. Jusqu’à ce que je passe la main pour sentir les premiers résultats. « Heu… court est un euphémisme, là j’ai plus de cheveux jusqu’à la moitié du crâne. Du tout. » répondis-je en tâtonnant sur ma nuque à la recherche de survivants.

La source du problème fut rapidement découverte. Dans ses mains normalement si habiles quand il s’agit de les promener sur mon corps, ma chère et tendre tenait la tondeuse à l’envers, ce qui supprimait toute efficacité au sabot. Original.

Après quelques minutes de désarroi bien compréhensible, deux solutions s’offraient à moi. Soit propager le désert de l’arrière de la tête jusqu’aux tempes en gardant le dessus long dans le plus pur style Prince de Bel Air, soit me raser entièrement la tête. Etant plus proche physiquement de Yul Brynner que de Will Smith, la seconde idée l’emporta. La Femme continua donc d’utiliser sa technique très personnelle sur le reste de ma tête avant de passer au rasoir mécanique et à la crème à raser.

Une heure plus tard, c’est terminé. Mon crâne luit sous les spots de la salle de bain, alors que je me tiens figé devant le miroir. « Bordel, j’ai l’air d’un singe de l’espace » fut ma première réflexion.

Le résultat est tout de même moins pire que je pensais, mon crâne ne présentant ni bosse ni creux d’aucune sorte. Mieux, après m’être rasé la barbe pour dégager le bouc, une opération qui me rend chèvre à chaque fois pour parvenir à garder une symétrie acceptable, je suis finalement plutôt satisfait.

Pas la peine de demander l’avis de la Femme, ses yeux brillants suffisent : « ça te durcit les traits, on va encore moins t’emmerder dans la rue, ça fait bad boy, j’adore », finit-elle par résumer.

Mais l’expérience n’est pas que visuelle : la peau fine et sensible du crâne est très agréable à toucher et procure même des sensations étranges. Elle permet par exemple de trouver le sens du vent sans lever un doigt baveux ou de sentir la chaleur d’une ampoule en passant sous un lustre. C’est assez troublant, à défaut d’être utile.

Avec aujourd’hui deux semaines de recul et un bronzage maintenant uniforme sur l’ensemble du crâne, j’avoue être conquis.

- Posté à 10:53 -
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mardi 12 août 2008

On gigote le haut, on agite le bas.

Ne voyez aucun rapport entre le titre et mon précédent billet, je vous ferai un compte-rendu complet de mon essai une prochaine fois.

L’un des éléments vitaux pour me permettre d’affronter la foule des transports en commun parisiens sans fondre en larmes, tuer la moitié d’une rame RATP ou les deux en même temps est sans aucun doute mon lecteur MP3. Avec mon casque vissé sur le crâne, sentir tous ces corps tièdes à l’haleine fétide s’agglutiner contre moi devient supportable pendant quelques minutes, et m’épargne de plus des conversations insipides environnantes.

Ma très chère belle-mère, qui mérite son titre à plus d’une raison, m’a d’ailleurs offert un nouveau lecteur la dernière fois que l’aiguille des heures de mon horloge personnelle a pointé sur le chiffre suivant. Un joli, tout chouette, tout petit, qui se glisse discrètement au fond de la poche entre mon téléphone portable tout pourri, mon pass Navigo et un mouchoir à l’âge et au contenu indéterminés. Il est cependant équipé d’une option dont je me serais bien passé : un haut-parleur par lequel est automatiquement diffusée la musique si aucun casque n’est branché.

Faisons s’il vous plaît avant de poursuivre un bref aparté sur ce que j’écoute. Tout ceux qui vous disent « ouais, moi tu vois j’ai des goûts éclectiques en musique, j’aime tout, chuis trop open » vous mentent, puisque j’ai moi-même inventé le mot éclectisme et qu’il ne s’applique qu’à mes goûts musicaux. Dans mon nouveau super lecteur MP3, que trouve-t-on donc ? Du House Of Pain, du Thomas Fersen, du Nine Inch Nails. Du Tricky, du Kings of Leon, du Wu Tang Clan. Du Wax Tailor, du Mademoiselle K, du Martin Solveig. Plus quelques chansons inavouables. Mais malheureusement avouées à un wagon bondé.

Le métro démarre. Pas préparé à un départ aussi vif, je me rattrape de justesse à un poteau, arrachant malheureusement dans ce geste de récupération désespéré la prise jack de mon casque. Le haut-parleur prend le relais, le temps que je fourre prestement la main dans ma poche bien encombrée pour trouver le lecteur si petit si mignon mais à ce moment précis, surtout petit. Pendant ces quelques interminables secondes, les chœurs de Richard Gotainer affirmaient de leurs voix aiguës mais fortes que quand on fait le mambo, on s'emmêle les nougats et le tango, c'est très beau mais on sait pas les pas.


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mercredi 6 août 2008

Tenga, une fille

Partager la vie d’une éminente journaliste spécialisée dans la presse pour adulte n’est pas aussi idyllique que certains pourraient le croire.

D’accord, je le conçois, peu d’hommes voient leurs femmes rentrer du boulot un DVD à la main et leur dire « chérie, je suis désolé, ce soir je dois regarder Lascives, chiennes infidèles, ça ne te gène pas ? », sont sollicités pour relire des dossiers sur les bienfaits dermatologiques de l’éjaculation faciale ou reçoivent des invitations pour aller à des soirées bondées d’actrices pornographiques. D’accord.

Mais le problème est qu’on assiste (paraît-il) à une certaine émergence des sex-toys pour homme. Et qu’on me met physiquement à contribution. Et que ne voulant pas pénaliser professionnellement ma moitié, je me dois de m’exécuter.

Hier soir, j’ai donc eu droit à un cadeau. N’ayant pas une culture générale particulièrement développée dans ce domaine, je n’ai pas tout de suite compris de quoi il s’agissait.



« C’est quoi ce truc ? Un tube de Biafine ? Du gel douche qui ne pique pas les yeux ? »
« Nan, c’est un tenga. »
« Un tanga ? Tu veux encore que je porte tes sous-vêtements ? Tu sais, ça me gène un peu pour marcher…»
« Mais non, un tEnga ! »

Avouant mon ignorance, j’ai eu droit à un cours magistrale. Et un nouveau monde s’est ouvert à moi.

« Le Tenga, aussi appelé Onacup au Japon, est une marque de vagins artificiels, proposant plusieurs modèles offrant différentes sensations à l’utilisateur. Composés de silicone et prélubrifiés, ils sont à usage unique. Deux millions d’exemplaires ont été vendus l’année dernière. Regarde, voilà comment c’est à l’intérieur. »



« Nan mais tu veux dire qu’il faut que je mette mon trilili là-dedans ? »
« Ben ouais, Einstein. Je pourrai rester pour regarder et prendre des notes ? »
« … »
« Tu verras, ça fait fureur au Japon, il paraît même qu’ils ont des problèmes de natalité à cause de ça, les mecs préfèrent les Tengas aux vraies femmes. »
« … »

A 15€ le bout, ça fait cher la pignole quand même. Pour l’instant, je me tâte, sans mauvais jeu de mots.

Mais le plus drôle est que le Tenga était aussi la monnaie de l’Ouzbékistan avant d’être remplacé par le rouble russe en 1920. Si si. Et que le Tenga valait 10 falus. Promis, j’invente rien.

- Posté à 16:19 -
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lundi 4 août 2008

Plaques on blondes

Vous vous souvenez probablement du jeu du « trouvez le département » à laquelle vous vous adonniez fiévreusement étant jeune depuis la banquette arrière de la R21 Nevada parentale sur la route des vacances, entre deux vomis ? Je suis sûr que les éclats de rire enfantins qui en résultaient, sur fond de « La Croqueuse de Diamant » de Catherine Lara, résonnent toujours aujourd’hui dans votre tête d’adulte, aussi vivaces que le souvenir de la moustache paternelle à la Magnum de l’époque.

Et bien tout ça, c’est fini. FI-NI. Non seulement c’est beaucoup trop 20ième siècle pour les bambins d’aujourd’hui gavés à la PSP mais c’est surtout parce que le système d’immatriculation français laissera sa place dès le 1er Janvier 2009 au format européen qui sera le suivant : AB-123-CD, sans aucune mention obligatoire du département.

Mais cela sonne aussi le glas des séquences de trois lettres, qui valaient parfois quelques sourires en coin aux esprits tordus comme le mien ainsi qu’un regard condescendant aux conducteurs des véhicules les arborant. Evidemment, ça ne vole pas bien haut, mais moi, un QKK, j’avoue que ça me fait glousser. Un POQ aussi. Et ne me lancez même pas sur le duo QKC et QPT, s’il vous plaît.

Ce n’est pourtant rien comparé à ce que j’ai trouvé ce week-end. La scène se passe Porte de la Muette, où je me suis fait entraîné une fois de plus par la Femme pour une séance shopping afin qu’elle renouvelle sa garde-robe avant de partir en vacances au soleil. Mon avis sur tout ce qui touche au domaine vestimentaire étant plus que facultatif, je suis aimablement autorisé à attendre devant la devanture du Promod sur lequel ma chère et tendre a jeté son dévolu. Les bras chargés par les achats précédents, je n’avais donc comme seule occupation passionnante qu’à me perdre dans mes pensées et laisser voguer mon imagination. Quand je l’ai aperçue dans la foule.

Dotée d'une démarche de héron le menton en l’air, on la voyait venir de loin avec sa longue chevelure peroxydée, sa bouche en cul de poule, ses lunettes de mouche presbyte soulignant une frange coupée à la règle, ses seins remontés jusqu'aux épaules, son bronzage trop carotte pour être honnête et sa jupe au ras de la salle des fêtes. Tout ce que j’aime. Sortant un trousseau de clés de son mini sac à main pendu au coude, elle ouvre une Smart Fortwo avant de s’y glisser dans une succession de mouvements parfaitement étudiée qui n'était pas sans rappeler la grâce de la girafe s'abreuvant dans un marigaud à l'eau croupie. La regardant partir, je ne peux m’empêcher de regarder sa plaque d’immatriculation.

QHT.

Et ça par contre, c'était priceless.

- Posté à 11:06 -
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vendredi 1 août 2008

Fuite en navrant

La sentence est tombée tel un couperet. Cambrée comme à son habitude, comme si elle était toujours disposée aux plus folles chevauchées, la Femme se tenait face à moi, l’air résigné et triste, après m’avoir asséné cette nouvelle qui m’avait mis KO debout. « Et ça fait longtemps ? » lui demandai-je en me mordant la lèvre inférieure, tentant de ravaler mes larmes d’homme blessé. « Oui. Au début ça n’arrivait que de temps en temps, mais depuis quelques jours, c’est presque continuel » répondit-elle en tentant d’échapper à mon regard embrumé en fixant à travers la baie vitrée un pigeon en train de chier à l’aise sur la rambarde de notre balcon. « Mais que va-t-on devenir ? » éclatais-je dans un sanglot, alors que mes genoux se mettaient à trembler.

C’est une épreuve que je redoutais depuis notre emménagement, un écueil sur lequel de trop nombreux couples ont du passer et qui en a fait voler en éclats plus d’un. Il serait faux de dire que je ne l’avais pas remarqué, mais j’avais préféré l’ignorer, bête que je suis, pensant que le problème finirait bien par se résoudre de lui-même. Mais cela n’avait évidemment que contribuer à son développement.

Il fallait maintenant se rendre à l’évidence : cette fuite de chasse d’eau n’allait pas se résorber toute seule et l’usage d’une bassine judicieusement posée, même si elle servait de seconde gamelle aux chats qui s’en délectaient avec un plaisir pour le moins dérangeant, ne pouvaient être une solution que temporaire.

Etant maintenant fichés comme l’ennemi public numéro un, la cible à abattre par l’ordre des plombiers de Paris depuis l’épisode des cabinets bouchés dans l’ancien appartement de la Femme (mais si, rappelez-vous), la solution ne pouvait venir que de nous. Et quand je dis nous, je dis bien sûr moi, puisque il est bien établi dans notre ménage que tout ce qui a trait de près ou de loin au pipi et au caca, qu’ils soient félins ou humains, ou même toute activité représentant un risque potentiel non négligeable de salissures cradingues me revenaient de droit. La litière, c’est moi. Les chiottes, toujours moi. La poubelle (pour aller danser), encore moi. Et tout celle qui vous dit le contraire est une menteuse.

Après, c’est comme à chaque épreuve que l’on m’impose : je procrastine, je tourne tous les scénarios dans ma tête, se terminant tous immanquablement par une catastrophe, j’en mets un en pratique, et la catastrophe prévue arrive. Au-to-ma-tique. A moins que ça en soit une autre que je n’avais pas imaginée.

Là, des images de voisin du dessous noyé ou de cascades par le balcon avec un chat en rafting dessus s’entrechoquaient dans ma caboche au teint halé pas encore venu. Mais au bout de quelques semaines, il fallait bien se résoudre à agir.

C’est donc avec angoisse que je parcours les allées du CastoBrico, un monde étrange rempli d’inquiétants instruments contondants que des poilus aussi larges que hauts en bleu de travail saisissent à bras le corps par grappe entière. J’avise un vendeur à l’air jovial. Peut-être même un peu trop. « Bonjour monsieur, pourriez-vous partager votre infinie connaissance de la géographie des lieux en m’indiquant s’il vous plaît le rayon des joints ? ». « Ouais mais on est en juillet là ahahah nan j’déconne, c’est pour quoi vos joints là ? Eau, gaz, haschich ahahah nan j’déconne ? ». Lord, have mercy. Je finis par acheter un assortiment de joints divers et variés et je rentre à la maison.

Là tout se passe comme dans un rêve : l’écrou n’est pas grippé et se dessert gentiment, révélant une absence totale de joint expliquant la fuite, j’en trouve un à la dimension exacte, je le place, et je resserre délicatement l’écrou désormais soigné de son énurésie. Et basta fuite. Un vrai miracle, je sais maintenant que je peux faire quelque chose de mes dix doigts sans finir par n’en compter plus que neuf.

Pas peu fier, le Cactus. « Et sinon poupée, ça t’amuserait qu’on joue au plombier nu sous sa salopette et à la femme au foyer en détresse ? » demandais-je à la femme d’un air malicieux, encore à cheval sur les toilettes avec une clé à molette à la main. « Pas là, nan » répondit-elle d’un air laconique.

- Posté à 14:48 -
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mercredi 12 mars 2008

Taggué ? Tagué ? Taggé ? Tagé ? Ta gueule !

On repousse, on repousse, mais à un moment, il faut bien passer à la casserole. Après avoir été taggué, je cède donc enfin à la mode vivace de la révélation de six choses un peu bizarres ou honteuses sur ma petite personne. Vous êtes priés de faire semblant de trouver ça intéressant, merci.

1_ A la fin du mois, je déménagerai pour la treizième fois de ma vie, en ayant habité sur quatre continents différents. Le chiffre 13, ça porte bonheur chez moi. Ouf.

2_ A 8 ans, j’ai gagné un concours de blagues organisé par le magazine Pif Gadget. Le gros lot était une grande peluche Hercule. Voilà ce qui m’a permis de remporter la victoire :

« Un fou rencontre un autre fou et lui dit :
_ Si tu me dis combien de billes j’ai dans la main, je te les donne toutes les deux.
_ Trois !
_ Gagné !
Et il lui donne les quatre billes qu’il avait dans la main. »

Est-ce que tout cela, qui est 100% véridique, mérite un commentaire supplémentaire ?

3_ J’ai une énorme cicatrice sur l’omoplate, un genre de cratère dans lequel on peut y mettre une demie phalange. C’est arrivé durant ma jeune adolescence, alors que je courais dans le jardin familial pour échapper à mon père qui me tirait dessus avec son fusil de chasse. C’était un petit jeu qu’on avait, lui et moi, quand il avait fini son Bourbon. Malheureusement, alors que je m’étais montré plutôt doué dans l’art de fuir en zig zag jusque là, j’ai glissé sur une feuille. Nan, j’déconne, il paraît que c’est du à une réaction allergique à un vaccin.

4_ Quand j’étais petit, rien me m’amusait plus que d’ouvrir les placards de la cuisine, sortir toutes les casseroles et les ranger par ordre de taille, avant de tout recommencer, et ce pendant des heures. Ma tendre mère pensait que c’était un signe fort que j’allais devenir la version masculine et contemporaine de Ginette Mathiot, mais aujourd’hui, je sais à peine faire des pâtes et Cyril Lignac a pris la place, en s'affirmant aussi au passage comme la réincarnation de Fernandel par l'accent, le vilain cumulard.

5_ Dans ma vie, j’ai subi deux opérations chirurgicales nécessitant une anesthésie générale. Les deux concernaient mon service trois pièces. Non, rien à voir avec les spams genre « Be hung like a fat donkey » que vous pouvez recevoir. Oui, aujourd’hui tout va bien, merci.

6_ J'ai dormi durant toute mon enfance les jambes repliées en position fœtale et avec une couverture autour du cou pour les deux raisons suivantes : d'abord j'avais peur qu'il y ait des serpents au fond de mon lit, ensuite je redoutais qu'un vampire profite de mon assoupissement pour me vider de mon sang, d'où la couverture censée l'en empêcher. Et oui, même moi j'étais stupide étant petit. L'été, ça me tenait extrêmement chaud et je suais abondamment, je me réveillais le matin avec la nuque sentant le poney pas frais. D'ailleurs, ma grand-mère espagnole ne manquait pas de me dire "tou poues dou cou !".

Normalement, dans la conclusion, je devrais passer la patate chaude à d'autres personnes. Mais j'ai pas envie.

- Posté à 16:32 -
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vendredi 7 mars 2008

Touché

Je l’avais déjà remarqué du coin de l’œil, la plupart du temps couché dans son sac de couchage crasseux face au mur, à côté de son paquetage, alors que j’allais chercher du pain à la boulangerie en bas de chez la Femme. Cette fois-ci, j’étais décidé à m’offrir en plus un petit goûter et j’en salivais d’avance, hésitant entre des lunettes à la confiture de fraise, un gros macaron au chocolat ou un mille-feuilles.

Il était là, fidèle au poste, mais cette fois-ci debout, au milieu de la foule, en train d’essayer de vendre des brochures faisant l’inventaire, ô ironie, des petits restaurants pas chers de la capitale. Je découvre donc son visage pour la première fois. A vue de nez, malgré ses traits tirés et quelques croûtes, reliefs de bagarres, il ne doit pas être si éloigné de mon âge et n’a rien du clochard vétéran. Comme à chaque fois, mon ventre se serre et les rêves de pâtisseries s’évanouissent aussitôt.

Finalement je sors de la boulangerie seulement avec une baguette dans une main et mon budget goûter dans l’autre. Je me dirige vers lui, nos regards se croisent. Je lui tends mes pièces et alors que j’allais me retourner pour m’en aller, il m’arrête et me plante ses yeux gris ciment dans les miens.

« Attends, prends-ça quand même, y’a des trucs sympas, tu verras. Celui-là est vers République, un peu cher, mais super bon. Sinon tu as celui-ci à Châtelet, qui n’est pas dégueu. »

Il bégaie, cherche ses mots, se perd, se retrouve et continue. Ce n’est plus mon argent qu’il veut, c’est moi. Mon temps, mon attention. Que je lui donne.

« Et à Bastille, tu sais s’il y a des coins sympas ? »

Son regard s’illumine et la surprise le décontenance un peu plus, il baisse les yeux sur ses chaussures trouées.

« Ah oui, tu en as deux, juste à côté de la place, qui sont bien cool »

La conversation se termine. Il me tend une nouvelle fois la main. Mais toujours pas pour de l’argent. Je cède encore, sans hésiter et nous nous serrons la main, pendant qu’il me fixe de nouveau de ce regard si dur et si fatigué à la fois, avec un petit sourire gêné.

Le chemin du retour se fait au ralenti. Il m’a tué. De l’ombre anonyme qu’on essaye d’éviter, décor urbain à part entière au même titre qu’un lampadaire ou une boîte aux lettres, il est devenu quelqu’un, à qui j’ai parlé, que j’ai touché.

Pourquoi en est-il là ? Et moi, pourquoi en suis-je là ? Une mère aimante, un père certes absent mais à la situation enviable et finalement plutôt fier de son fils, une éducation sans regarder à la dépense et une santé de fer, qu’ai-je fait pour décrocher un tel cadeau à la loterie de la naissance ?

Et cette chance, toujours cette chance qui me poursuit, qui me permet immanquablement de rebondir encore et toujours plus haut, qui me fait rencontrer des gens formidables, qui me fait tomber tout cuit dans le bec des opportunités que d’autres mettent toute une vie à provoquer, la plupart du temps sans succès. Sans elle, que serait-je devenu ? Est-ce que je mérite cette réussite ? Toute cette misère, tous ces gens tellement nombreux qui dorment dans la rue, qui mendient pour bouffer, sont comme une blessure qui ne se ferme jamais, comme un miroir qui me rappelle sans cesse l’imposteur que je suis et à quel point je pourrais être assis à côté d’eux, à tenter moi aussi d’attirer l’attention de passants méprisants pressés de rentrer chez eux se mettre au chaud.

Et maintenant, alors que j’écris ces mots et que la pluie frappe aux carreaux de ma fenêtre, que fait-il, lui ? Tout ça m’est insupportable, ça m’obsède, ça me bouffe et il est temps que je réagisse. Tant de choses à faire et si peu de temps.

- Posté à 18:47 -
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lundi 25 février 2008

Distrait, money for nothing

Vous connaissez probablement aussi cette angoisse : devant la porte d’entrée de votre immeuble, vous glissez la main dans votre poche à la recherche des clés et là rien. Le vide absolu. Le néant total. L’éventualité de les avoir perdues vous effleure inévitablement, causant bouffées de chaleur, sang qui tape au niveau des tempes et chute d’une goutte de sueur le long de votre colonne vertébrale jusqu’à se perdre dans la vallée des plaisirs défendus dans certains états américains.

Mais après quelques minutes de réflexion, c’est très clair : ce matin, quand, encore à moitié endormi je me lavais les dents avec ma brosse à cheveux tout en m’efforçant de mettre ma chaussure droite sur le pied gauche, ce n’est pas mon trousseau de clés que j’ai saisi sans regarder sur le buffet de l’entrée avant de le fourrer dans ma poche mais une poignée de pot pourri. Et comme pour une fois je partais en même temps que la Femme et qu’elle s’est chargée de fermer la porte, la supercherie est passée inaperçue, même si je me suis demandé une partie de la matinée pourquoi ma main sentait les toilettes.

La journée de travail se passe, le soir arrive enfin. La nuit tombe et je suis bloqué en bas de l’immeuble, les traits tirés par la fatigue et l’épaule droite profondément entamée par la bride de la sacoche de mon ordinateur portable. Alors que je lève la tête vers les cieux pour hurler ma désapprobation au Grand Propriétaire Tonnant et au Lumineux Organisateur Loyal (mieux connus sous les noms de GPT, LOL), ceux-ci, vexés, répliquent par quelques gouttes de pluie sur ma tronche. C’est ce qui s’appelle boire le calice jusqu’à la lie.

Alors que j’hésitais entre pleurer et me rouler par terre, un voisin arrive et je me glisse derrière lui pour rentrer dans le hall. Me voilà dans l’immeuble et donc, au sec. Il est temps de s’organiser en attendant le retour de la Femme. Devant la porte de son appartement, je sors mon ordinateur. Joie, le Wifi fonctionne ! Houston, nous avons Internet !

Me voici donc assis sur son paillasson, à mettre à jour mon blog en direct live, seulement interrompu de temps en temps par l’extinction de la lumière par la minuterie ou par un voisin au regard condescendant et suspicieux rentrant chez lui se mettre au chaud. Vivement que la Femme revienne, parce que la batterie commence à faiblir…

- Posté à 18:57 -
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jeudi 14 février 2008

Juste fais-le

A l’adolescence, comme la plupart des garçons de ma génération, j’ai été frappé de plein fouet d’abord par une voix déraillant volontiers dans les aigus, une petite moustache ingrate tenant plus du duvet que des bacchantes, mais aussi par la mode naissante des baskets de marque. Pour attirer le respect dans la cour de récréation, il fallait avoir du cher, du gros, du coloré au pied, qui, à cet âge là, a tendance à grandir avant tout le reste. N’ayant pas encore à cette époque la force de caractère qui me caractérise aujourd’hui et qui m’autorise à m’habiller comme bon me semble et mal de préférence sauf quand la Femme ne veut pas, c’est avec empressement que j’étais monté dans ce wagon.

Malheureusement, sans vouloir faire mon Oliver Twist à Saint Tropez, mes parents rechignaient à l’époque à faire des emprunts sur 20 ans pour m’offrir la paire de chaussures de mes rêves. J’avais donc en fait un budget déjà confortable de 300 francs (oui, c’était des francs à l’époque, pour tous les merdeux qui me lisent par milliers), et libre à moi de l’étendre avec mon argent de poche, qui était déjà fortement monopolisé par les jeux vidéos sur NES. A moi donc les Adidas Torsion, les Nike Air d’entrée de gamme et certaines Reebok Pump en promotion.

Mais ces baskets-là me permettaient juste de sortir de la fange ignoble des baskets No Name de supermarché pour simplement rentrer dans la norme, sans me démarquer. Les kings de la cour, eux, ne portaient qu’un seul modèle : la seule, l’unique, Nike Air Jordan, à l’époque où le basketteur qui dunk les jambes écartés en tirant la langue était au zénith de sa gloire. Mais, à plus de 800 francs, elles étaient clairement hors de portée pour mes petites bourses prépubères. Chaque année, un nouveau modèle sortait, plus beau et plus cher que le précédent, qui me faisait baver d’envie, un vrai calvaire.

Quinze ans plus tard, je suis devenu un adulte. Ou presque. Quand un de mes collègues m’a parlé d’une vente privée de Nike Air Jordan collector, je suis redevenu un adolescent en quelques secondes, sans les pollutions nocturnes. Et alors que Grenouille m’envoyait des textos vengeurs depuis la Flèche d’Or pour que je rapplique au plus vite, je me suis porté acquéreur pour un prix totalement indécent d’une paire de la 8ième génération, commercialisée en 1993, l’année de tous les records pour Jordan, mais aussi de sa mycose aux pieds (véridique).

Me voilà enfin complet en tant qu’homme. Maintenant il faut juste que j’arrive à convaincre la Femme de continuer à tenir ma main d'adolescent attardé dans la rue quand je les porte fièrement. Surtout quand j’attire des remarques d’envie style « Mate les pompes, mec ! Wouah l’bâtard ! » de la part d’encasquettés aux goûts sûrs.

- Posté à 15:08 -
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mercredi 6 février 2008

Chat pître mais roux cool



Au début, il n’avait pas vu mon arrivée d’un très bon œil. La journée, il m’ignorait cordialement, creusant même le dos sous mes tentatives de caresse. La nuit, il urinait régulièrement sur mes vêtements laissés sur le canapé, le fourbe, ce qui me valait de très agréables surprises au matin, quand je m’habillais dans le noir.

Mais, petit à petit, alors qu’il se rendait bien compte que j’étais là pour de bon, je le surprenais à frôler mes jambes avant de s’enfuir, puis à accepter que je m’assois à côté de lui alors qu’il faisait sa sieste dans le canapé, sans pour autant se carapater.

Aujourd’hui, je ne peux pas m’affaler dans le canapé ou par terre sans le voir arriver, l’air de rien et la queue dressée. Là il s’assoit et me fixe de ses grands yeux à la pupille dilatée, majestueux, les pattes parfaitement alignés malaxant le sol tour à tour. Puis dès que je lui fais signe, il saute d’abord sur mes genoux, puis grimpe le long de mon torse pour aller se cramponner à mon épaule comme un naufragé à sa bouée, un métaphore qui, je le conçois, n’est pas très flatteuse pour moi, mais c’est vrai qu’il faut que je reprenne le sport.

Là, portant le chat d’or même si je suis agnostique, celui-ci exige mes caresses, frottant sa tête contre ma joue râpeuse dans un ronronnement que ne renierait pas un V8 de Détroit. Comment résister ? Il est si doux et sent si bon… Je passe ainsi des heures avec une écharpe en fourrure bien vivante, qui ondule sous mes doigts.

Même si j’ai toujours eu des chats dans mon entourage, c’est celui qui m’a manifesté le plus d’amour, un amour totalement désintéressé puisque je ne suis responsable ni de son approvisionnement en croquettes, ni de leur élimination une fois digérées. Et cette fièvre de caresse est une formidable source d’apaisement après une journée de travail stressante.

Certes, il en deviendrait presque envahissant. Il arrive même qu’il grimpe sur mes genoux sans crier gare pendant le dîner, même si je suis en train de manger un steak. Mais cela ne me dérange pas, je mets le chat roux avant les bœufs.

- Posté à 15:32 -
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lundi 4 février 2008

Appart à part

Et bien oui, piece of cake, comme ce tueur de suspense de MonsieurF l’a lâchement dévoilé dans les commentaire, nous avons trouvé le soir même l’appartement de nos rêves. Oui, déjà, je ne vous le fais pas dire.

C’est bien simple, il coche quasiment toutes les cases du tableau que nous nous étions faits et que j’ai énuméré ci-dessous. Quasiment ? D’accord, on devra faire sans le lave-vaisselle, à mon grand désespoir puisque cette corvée détestable me revient, et que je dois la réaliser nu sous un tablier comme la Femme me l’impose. Et il est orienté plein est. Mais voilà les deux seules concessions que nous devrons faire. Mieux que ça, il comprend de plus un box fermé pour mon bolide et la cuisine est déjà équipée d’un grand frigo, d’une cuisinière et de plaques à gaz. Bon, il faudra faire avec un loyer supérieur de 35€ à ce que nous voulions mettre au maximum, mais l’appartement se libère seulement sept jours avant la fin de nos préavis. Comment ? Que dites vous ? Nous avons les miches bordées de tagliatelles au pesto ? Certes.

Mais bien sûr, tout ne s’est pas fait aussi facilement. A peine la porte d’entrée franchie, nous savions, la Femme et moi, que c’était l’Appartement avec un grand A. Après un rapide tour du propriétaire qui nous conforte dans nos certitudes, nous devons selon l’agent immobilier porter directement notre dossier amoureusement concocté à l’agence, située à quelques centaines de mètres mais fermant dans 15 minutes. Nous sommes informés qu’aucun autre dossier n’a été encore déposé mais en sortant de l’immeuble, nous croisons un autre couple mais très laid, eux, qui s’apprête à visiter NOTRE appartement. Je retiens la Femme de leur crever les yeux de ses ongles aiguisés sur mon dos et c’est un pas leste que nous nous dirigeons vers l’agence.

Une fois arrivé commence le long examen des très nombreuses pièces de notre dossier dans un silence de cathédrale seulement interrompu par quelques tapotements sur une calculatrice et les gouttes de transpiration tombant de mon front. J’avais bien donné comme consigne à la Femme de garder sa meilleure poker face, mais elle ne pouvait s’empêcher d’afficher un sourire béat.

« Et bien ça me semble très bien tout ça. Maintenant pour le réserver, il vous faut donner un chèque pour régler la moitié des frais d’agence ».

Comme dans un film, nous nous tournons l’un vers l’autre et nous écrions en chœur :

« Tu as ton chéquier ? Moi non ».

Nom de Zeus. Heureusement, l’appartement de la Femme n’est qu’à quelques rues d’ici, mais l’agence est sur le point de fermer et le vilain couple peut montrer le bout de son vilain nez à tout moment. Au mépris de toute règle et dignité, nous nous élançons donc à travers les avenues très encombrées. L’aller-retour se fera en un éclair, nous laissant juste le temps d’échafauder les pires théories, de manquer nous faire renverser 10 fois par des scooters, et disons-le tout net, de flipper comme des tarés.

« Jamais on l’aura. »
« Mais si. »
« Jamais on l’aura. »
« Mais si. »

A nouveau devant l’agence, complètement essoufflés, nous les voyons à travers la vitrine légèrement embuée. Le vilain couple est là, plus affreux que jamais. Mais rien n’est joué encore, ils en sont toujours au stade de l’examen du dossier et c’est avec un sourire crispé qu’ils nous voient entrer.

Le temps de remplir et de signer le chèque et nous avons officiellement déposé le premier dossier complet. Celui-ci sera inspecté par le propriétaire et nous devrions avoir une réponse le lendemain.

Après une nuit où nous aurons beaucoup de mal à nous endormir et une matinée où je fais semblant de travailler, mon téléphone sonne. C’est l’agence. Notre dossier a été accepté. Nous l’avons. Joie.

Il ne reste plus maintenant qu’à attendre deux longs mois avant de pouvoir emménager et nous sommes pressés et enthousiastes comme des enfants la veille de Noël. Une nouvelle vie va commencer, la nôtre. Voilà, pour une fois je finirai sur une note romantique plutôt que sur une blague pourrie, vous m’excuserez.

- Posté à 17:41 -
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mercredi 30 janvier 2008

Un ménage, déménage

Certains aiment la pêche à la mouche d’autres le curling rythmique et sportif. Moi ce que j’adore faire, c’est déménager. C’est bien simple : dès que je trouve une occasion de porter à bout de bras des cartons remplis exclusivement de livres, je me précipite. S’il faut descendre par des escaliers en colimaçon une machine à laver non vidangée (pour donner un petit côté Intervilles sans la vachette), je me porte volontaire. Et si en plus, la camionnette est garée au carrefour suivant, en double file devant une voiture aux vitres embuées par la colère de son conducteur crispé sur le klaxon, c’est le bonheur complet, un vrai plaisir de fin gourmet.

J’aime faire des dons d’argent aussi. Pas aux Restos du Cœur, non, ni à la Croix Rouge, c’est bien trop conventionnel. Non, moi je préfère les agences immobilières dans le besoin, si nombreuses à Paris.

Et comme ça fait déjà cinq mois que j’ai emménagé dans mon nouvel appartement au troisième étage sans ascenseur et que j’ai signé mon dernier chèque à quatre chiffres, forcément, ça me démange et je craque : je me gratte. A deux mains. Et même à quatre, en fait.

Car c’est décidé, j’emménage avec la Femme. A la base de base, pour paraphraser Harry de l’Ile de la Tentation, je n’étais pas particulièrement chaud, mes dernières tentatives de cohabitation avec un être humain de genre féminin s’étant étrangement soldés à court terme par la mort subite de la relation qui nous unissait, avec option porte qui claque. Mais après un bref examen de mon emploi du temps de ces derniers mois, une évidence s’impose : nous habitons déjà ensemble. Ou plutôt j’habite chez elle, puisque (ose-je l’avouer ?), je n’ai dormi en tout et pour tout que trois nuits dans mon appartement. Nous avons passé avec succès l’étape de la chaussette sale qui traîne et du plouf de caca gênant.

Si on est arrivé à ne pas s’entretuer en vivant à deux dans un studio de 17m2 avec un chat corpulent chacun, c’est le signe irréfutable, vous en conviendrez, que nous pouvons véritablement emménager ensemble sans que j’ai à prendre le métro pour aller chercher des sous-vêtements propres ou arroser mon ficus.

Et puis c’est Elle aussi, tout simplement, celle qui a mon cœur dans une poche et mes couilles dans l’autre.

Nous avons donc chacun donné notre préavis et nous sommes mis à nouveau sur le dur sentier de la recherche d’appartement. Nos exigences sont assez limitées : un loyer plus ou moins égal à la somme de nos loyers précédents, 45m2 minimum, du double vitrage, du chauffage central, du parquet, des placards, une grande cuisine pour que madame s’exprime pouvant contenir un frigo de grande taille, un lave-vaisselle et un lave-linge, un salon suffisamment grand pour gesticuler comme bon nous semble en jouant à la Wii, une orientation plein sud avec vue dégagée, une place de parking pour ranger mes jouets, une douche dans la salle de bain, des WC séparés, une cave ou au pire un dressing et enfin, un balcon.

Piece of cake, hein ? Heureusement, on a trois mois pour trouver.

- Posté à 17:21 -
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mardi 22 janvier 2008

Dos d'âne

Je me disais bien que ce n’était pas normal d’avoir des fesses si rondes surlignées de fossettes, depuis le temps qu’on me serine que j’ai un magnifique fondement. Combien de fois ai-je entendu « on est content quand tu arrives, et encore plus quand tu repars », excuse évidente, vous en conviendrez comme moi, pour me voir de dos, ou « merci beau cul », à moins que mon ouïe ne me joue des tours, car l’ouïe est chafouine, quand elle ne fait pas de la brocante.

Mon ostéopathe, le docteur Aubeur, me l’a donc confirmé : je suis trop cambré. Il a ajouté que j’avais des disques tassés et un dos à la musculature étrangement inégale. « On dirait un maçon, vous portez souvent des charges lourdes ? ». « Non ».

En fait, si. Je suis en effet l’inventeur et l’unique testeur d’une technique révolutionnaire dite de « musculation passive » mise au point en collaboration étroite avec le CNRS d’Oulan Bator, frère de Al. Le principe est simple et à la portée de tous, même de toi : il consiste à se procurer un sac de type à dos, à le charger ras la gueule pour qu’il atteigne le poids d’un chiot Saint-Bernard, et à devinez quoi, oui, le mettre sur ses épaules pour qu’il nous accompagne dans tous les déplacements quotidiens. Ainsi lesté, votre corps travaille plus et votre musculature se développe. Théoriquement. Au passage par contre, ça vous flingue visiblement le dos.

Pour tout vous dire, la genèse de cette technique trouve sa source dans ma capacité limitée à mettre de l’ordre dans mes affaires personnelles. Après avoir perdu de nombreux papiers importants, j’ai décidé de tous les mettre au même endroit. Et pour avoir un moyen mnémotechnique infaillible, mon sac à dos me paraissait être le lieu idéal. Mon diplôme du bac ? J’ai. Mon contrat de travail ? J’ai aussi. Le problème est que la notion de « papiers importants » s’est émoussé avec le temps. Le calendrier des marées de Quimper ? J’ai. Le Télé Loisirs de la semaine du 15 au 21 juin 96 ? J’ai aussi.

La morale est donc la suivante : la prochaine fois que vous vous régalerez les yeux en contemplant ma chute de rein, vous saurez que, quelque part, c’est aussi grâce à une facturette du péage de Macon franchi en 2002.

- Posté à 15:00 -
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lundi 14 janvier 2008

Sex on the rock

C’est différent avec elle. Je ne peux pas dire qu’avant je n’aimais pas le sexe, non, mais à son contact j’ai redécouvert ce que c’était et plus rien ne sera jamais comme avant. De morne, monotone, répétitif, gentillet et presque machinal, c’est devenu bestial, pervers, intense, violent, spectaculaire. Et j’aime ça. Car plus important encore, je me suis découvert moi-même. D’amoureux attentionné je suis passé à amant vicieux. Elle m’y a encouragé, elle m’a fait plus viril, elle m’a façonné comme elle voulait que je sois, en me poussant dans mes derniers retranchements.

Elle me demande d’être méchant alors que je l’aime éperdument, alors je lui assène une claque retentissante en la traitant de salope, elle me demande de la baiser plus fort tandis que je m’essouffle, elle réclame un doigt supplémentaire quand je n’en dispose pas d’autre, elle veut tout de moi et je suis prêt à tout lui donner. Quand je suis nu face à elle, bandant à m’en éclater les veines, son regard gourmand et son sourire coquin me font me sentir beau et désirable, moi l’éternel complexé.

Et quand enfin, nous nous écroulons, épuisés, imprégnés de sueur, de foutre et de mouille, c’est cette fois avec tendresse et douceur que nous nous serrons l’un contre l’autre, pour nous susurrer l’un l’autre des mots d’amour dans le creux de l’oreille.

- Posté à 17:31 -
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lundi 7 janvier 2008

Anis horribilus

C’était un peu devenu une tradition. Chaque année, ma grand-mère, bien connue dans la famille pour sa radinerie, m’offre pour Noël des bonbons. A l’anis. Toujours la même marque, toujours la même boîte. La première fois que j’en avais découvert au pied du sapin, entre un Chevalier du Zodiaque et des Lego Technic, j’étais plutôt content, à tel point que j’en avais absorbé la totalité dans la journée. Ensuite j’ai vomi, beaucoup et longtemps, et tout ce qui ressemble de près ou de loin à de l’anis me met depuis l’estomac aux bords des lèvres. Seulement mon malheureux enthousiasme au moment de l’ouverture du paquet n’était pas tombé dans l’œil d’une sourde et c’est avec une régularité de métronome que je retrouve le même petit paquet chaque 25 décembre. Du coup, en bon camarade que je suis, j’en fais profiter mes amis, que l’histoire fait bien rire et c’est vite devenu un running gag, une sorte de blague de saison que l’on sort au moment de notre traditionnelle soirée d’après Noël et d’avant Nouvel An. J’en pouffais de bon cœur aussi au début, et puis au final, j’ai fini par trouver ça un peu lourd, qu’on me fasse remarquer chaque année dans un grand éclat de rire général à quel point ma grand-mère semblait se moquer de moi, alors que mes cousins plus dociles quant à eux reçoivent de généreux chèques au même moment. C’est le même refrain à chaque fois : « alors, t’as encore eu tes bonbons, mort de lol et claque dans le dos ? » et je tends alors silencieusement le paquet en hochant la tête en affichant un sourire forcé pendant qu’ils s’empiffrent de ses dégueulasses petites boules blanches au goût de désodorisant pour toilettes de camping.

Mais pas cette année. A la question récurrente cette fois, j’ai répondu « ah non désolé, ma grand-mère n’a pas pu faire de cadeaux cette année, elle est en train de se faire soigner son cancer ». S’en est suivi un moment de malaise dont je me suis délecté où chacun se regardait sans savoir quoi dire. HA !

- Posté à 10:05 -
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lundi 19 novembre 2007

Super Mario se brosse

Il y a des jours comme ça, on ferait mieux de rester couché. Des jours comme hier, par exemple. C’était bien parti pour que ça se déroule de cette façon pourtant, puisque, revenus au petit matin de la fête d’anniversaire rocambolesque de Flamèche, dont vous pouvez retrouver le résumé de la soirée chez Grenouille, ce n’est qu’à 13h30 que la Femme, chez qui nous étions, et moi-même ouvrirons respectivement un œil, puis l’autre. Froid et pluie dehors, chaleur et douceur sous la couette, le bonheur à peu de frais.

Nous aurions dû nous méfier. Cela faisait pourtant quelques jours qu’elle était là, cette garce, tapie dans l’ombre, à nous épier. On ne peut pas dire pourtant qu’elle ne nous avait pas laissé des indices de sa présence, mais peut-être ne voulions nous tout simplement pas y croire, peut-être nous mentions nous. Mais nous étions sur le point d’en faire les frais, elle n’allait pas nous louper, cette canalisation bouchée.

Mais elle n’était pas venue seule, oh non, avec cette vicieuse était venue son amant, le refoulement. Des toilettes. Dans la douche. Je ne vous fais pas de dessin, mais si vous arrivez à vous imaginer un bac rempli de merde, vous n’êtes pas loin de la réalité, je dirais même que vous avez les deux pieds dedans.

Branle-bas de combat, tout le monde sur le pont. Sauf les chats bien sûr, qui profitent de la chaleur laissée par nos corps (surtout le Sien) sous la couette pour aller s’y glisser. Pendant que la Femme a pour mission d’aller quérir du Destop chez l’arabe du coin, il est temps que je démontre toute la résistance dont mon sexe se prévaut en affrontant la fange, avec pour seules armes mon courage et une ventouse.

Mais après une bonne heure de pompage acharnée le cœur au bord des lèvres et ce, malgré l’ajout d’un litre de Destop, il faut se rendre à l’évidence : nous n’y arriverons pas tout seuls. Seulement il est 19h30 et nous sommes un dimanche, au cœur d’un grève des transports qui plus est, autant de paramètres indiquant que tout ceci ne se fera pas sans douleur au niveau du porte-feuille.

Prenant le premier nom ressortant dans les Pages Jaunes, cela commence plutôt bien : la personne au téléphone nous assure un dépannage dans l’heure et le déplacement en lui-même ne coûtera « que » 40€. Sauf qu’une heure plus tard, pas la moindre trace d’un plombier, Super Mario a dû raté le champignon magique, ce qu’un second coup de téléphone nous confirmera. « Il a oublié son facturier chez le client précédent ». Une autre heure plus tard : « il est coincé dans les bouchons » quand Sytadin n’indique aucun trafic. Il est maintenant 22h00 et nous perdons espoir, mais alors que nous commençons à chercher un nouveau plombier, l’interphone fait retentir sa sonnerie insupportable. Il est là.

Après avoir fait un rapide tour de l’installation, l’homme commence son speech si bien rôdé : « Ouh là là là, vous avez un très gros bouchon, mes pauvres m’sieur-dame, je vais essayer de bricoler un peu, mais si ça marche pas, va falloir faire venir le camion-pompe et ça va nous faire dans les 1600€. Hors taxes. » Après une théâtrale pause de 10 secondes censée j’imagine faire monter la pression, il poursuit : « Mais bon, si tout se passe bien, avec mes 7 mètres de furet, vous n’en aurez que pour… attendez, 400€ auxquels j’ajoute les 50% de tarifs week-end ce qui nous fait 600€. Hors taxes ». Technique habituelle : on commence par assommer le client avec le pire et un prix exorbitant pour faire passer en douceur une note un peu moins salée mais loin d’être fade quand même. Je serre les dents.
En attendant qu’on prenne une décision, il continue à faire des aller/retours entre la cuisine et la salle de bains, et, contre notre avis, actionne une nouvelle fois la chasse d’eau. Bien sûr, ça ne loupe pas, l’eau remonte directement dans le bac de douche. Mais tout à coup…

Un timide tourbillon se forme, puis prend de l’ampleur et en quelques secondes, tout le contenu du bac disparaît. Enfin, tout le contenu liquide en tout cas. Le bouchon a cédé ! L’évier de la cuisine est lui aussi à nouveau fonctionnel, tout semble rentrer dans l’ordre comme par magie. La chasse d’eau a été la goutte d’eau qui a vidé le vase. On voit bien que le plombier est emmerdé (lui aussi) mais il tente quand même de nous refiler son coup de furet à 600€ « Vous comprenez, là on a juste fait un trou dedans, mais il y a encore tout le tour, si ça se trouve dans 2h c’est à nouveau bouché ». Oui mais non merci, ça ira, ça nous permet au moins de tenir jusqu’à demain.

Bon gré, mal gré, il sort son facturier. « Bon, vous savez que vous devez quand même me payer le déplacement ? » Oui, 40€ nous a dit le monsieur au téléphone. « C’est une plaisanterie ? C’est pas du tout ça ! ». Non, nous on fait des blagues bien plus drôles, c’est bien ce qu’on nous a dit. Saisissant son téléphone portable, il appelle son collègue pour en avoir le cœur net qui lui confirme le tarif qu’il nous a donné. Il raccroche, met son plus beau sourire et poursuit : « Il s’est trompé, mais comme il vous a donné ce tarif, on le maintient ». La Femme remplit son chèque et le lui tend. « Ah mais non, vous vous êtes trompée, c’est 60€, il faut rajouter 50% le week-end ». Jusqu’ici en retrait pour laisser parler la maîtresse de maison, je vois un soupçon de trouble dans les yeux de la Femme, un léger trémolo dans la voix. Il est temps de montrer les dents.

« C’est donc au client de deviner tout seul, quand on lui donne un tarif, qu’il faut rajouter 50% parce qu’on est le week-end ? Vous avez déjà plus de deux heures de retard et maintenant… » Il me coupe « J’étais coincé sur une intervention importante ! ». Du pain béni. « Ah non monsieur, la personne qui donne les mauvais tarifs donne visiblement aussi les mauvaises excuses, vous aviez oublié votre facturier puis vous avez été pris dans des bouchons ». « Ah oui, c’est vrai, aussi, mais vous croyez que je me déplace pour seulement 40€ moi ? Aujourd’hui je travaille depuis 15 heures, 15 heures que je vais chez les gens pour les aider ! ».



Devant tant de mauvaise foi qui tenterait de le faire passer pour une sorte de plombier sans frontières volant au secours de la veuve bouchée et de l’orphelin qui déborde, je finis par perdre complètement patience. « Bon, on va s’arrêter là, terminez de rédiger la facture, prenez le chèque et allez-vous en ». Il se dresse alors sur ses ergots. « Ah mais monsieur, restez correct ! On est correct, alors restez correct ». Remarquez cette étrange utilisation du « on », alors qu’il était tout seul. A moins que soit née une relation privilégiée entre lui et son furet, sait-on jamais. « Je suis correct là. Allez-vous en ». S’établit alors un duel du regard dans un lourd silence, pendant quelques secondes. « C’est bon, on s’en va ». Une fois le seuil franchi : « On l’allume où la lumière, dans votre couloir ? » Seule la porte lui répondra d’un claquement.

Une fois la tension retombée, je dois bien avouer que nous étions euphoriques, La Femme et moi. Flûte alors, ne pas se faire rouler par un plombier parisien un dimanche soir, ça doit presque faire de nous des super-héros.

- Posté à 13:07 -
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lundi 12 novembre 2007

Et les manteaux, chères loques

Il y a déjà deux semaines, j’étais là, à un coin de rue, sous l’enseigne de la Croix Rouge, écarlate et transpirant à grosses gouttes, en train de tenter de reprendre ma respiration devant pas moins de sept sacs poubelle de 100 litres. C’était le résultat du tri acharné de mes vêtements accumulés depuis de nombreuses années, une campagne sans pitié orchestré par la Femme, une main de fer dans un gant de cuir.

On pouvait ainsi y retrouver des pulls au col étiré par ma grosse tête, des pantalons neufs que, optimiste, je pensais pouvoir enfiler en retenant ma respiration et en serrant les fesses, des chemises aux couleurs chamarrées qui faisait de moi la star de la Tchounga de la Baule en 1989 en plein set « Pump up the jam » de Technotronic et des T-shirts Quiksilver, Gotcha ou Rip Curl, vestiges de ma période surfeur fun et bigarré.

Seulement voilà, j’ai certes de la place dans mes armoires maintenant, mais étant donné que la bise est venue, je me trouve bien dépourvu. Qu’à cela ne tienne, il est temps de réaliser le second fantasme de la Femme après effectuer le nettoyage par le vide de mes loques risibles : jouer à Pretty Woman. Avec évidemment moi dans le rôle de Julia Roberts et la Femme dans celui de Richard Gere, ce qui mérite un certain travail d’imagination pour le visualiser, n’étant ni roux ni doté d’une bouche pouvant servir à piéger des loups sibériens adultes pour ma part et elle ayant bien plus d’expressions à son répertoire et accessoirement, deux seins.

Comme c’est moi qui paye, on va plutôt chez Zara que chez Kiabi et la Femme décide de déguiser son homme en adulte. Personnellement, je n’ai rien contre, je suis tout à fait conscient de mon absence total de goût en matière de style vestimentaire. Il était normalement convenu que nous nous limiterions à une veste. Dehors le blouson à capuche et à la poubelle l’anorak de snowboarder, madame veut de la classe urbaine : son choix se portera sur un manteau gris chiné ¾ cintré qui lui fera briller ses yeux magnifiques une fois sur mon dos. J’ai l’impression d’être en robe de chambre mais comment résister à ce regard ?

« Et sinon, tu ne veux pas essayer une chemise et un pull ? J’en ai vu des chouettes » poursuit-elle avec un sourire innocent, donc de composition.

Piégé. En moins de temps qu’il ne faut pour dire « découvert bancaire », j’ai déjà enfilé la chemise rouge sombre et le pull noir à col en V qu’elle cachait derrière son dos. Et soyons objectif, ça me va plutôt bien, même si j’ai du mal à reconnaître ce beau gosse dans le miroir. Je me sens déguisé c’est vrai, je ne me reconnais pas tout à fait dans ce reflet, c’est vrai aussi, et Elle est bien plus enthousiaste que moi. Mais j’aime être sa chose, sa poupée, j’aime qu’elle me façonne, j’aime être ce qu’elle veut que je sois.

« Tu verras ce soir, tout le monde va être sur le cul, t’es trop beau » me dit-elle un sourire jusqu’aux oreilles en se cramponnant à mon bras comme je l’aime tant, alors que nous sortons du magasin. Ce soir-là en question, c’était la pendaison de crémaillère de Gauthier, qui après avoir ravagé le 11ième arrondissement, avait décidé de se poser cette fois-ci, tel un nuage de criquets boulimiques, à Montrouge. Banlieusards, vous n’êtes plus à l’abri.

Toujours est-il que la seule remarque dont je ferai l’objet durant cette soirée au demeurant fort agréable sera « Hey dis donc, rouge et noir, tu es assorti à la couleur de la tapisserie toute neuve, hahaha ! ».

Heureusement que j’ai gardé le ticket de caisse.

- Posté à 14:41 -
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vendredi 9 novembre 2007

Médecins, mes deux fesses

Ayant été doté dès la naissance d’une santé de fer qui m’a permis tout au long de ces années de me tenir à une distance respectable de tout ce qui porte une blouse blanche à part quand Elle se déguise en infirmière pour me divertir, c’est avec une crainte mêlée de curiosité que je me suis rendu pour la première fois à une visite médicale imposée après la signature de mon premier contrat de travail, il y a de ça ouh là quelques années maintenant.

Je m’étais alors retrouvé face à un individu de type dragon femelle sur lequel mon charme pourtant normalement sans limite semblait glisser comme un pet sur une toile cirée. Répondant au début poliment à ses questions, elle ne semblait satisfaite par aucune de mes réponses et croyait donc bon de les ponctuer de remarques désobligeantes sur un ton sec.

Non, je ne dors pas bien, je travaille au 3/8. « Ah c’est pour ça que vous avez une tête de déterré ? Il faut vite changer de boulot, vous n’allez pas tenir là ». Je peux difficilement prendre mes repas à heures fixes, voyez-vous, c’est mon boulot qui le dicte et ça change souvent et non, comme mes horaires varient très souvent, je peux difficilement suivre une activité sportive régulière. « Vous avez une hygiène de vie épouvantable, vous allez droit dans le mur là ».

Devant l’absurdité de ses remarques et son manque de souplesse face à la situation particulière dans laquelle mon travail me mettait, je commençais à perdre ma bonne humeur. Et à commencer à me vexer aussi face à ce démontage en règle. En général, dans ces moments-là, je me renfrogne et il vaut mieux me laisser tranquille dans mon coin. Mais elle n’avait pas été prévenue.

Le point de non-retour arrivera quand elle me fera monter sur la balance. Ouvrant de grands yeux étonnés à la lecture du chiffre s’affichant, elle me montra alors un graphique : « vous voyez monsieur, vous êtes ici, à la limite de l’obésité. Il faut vous secouer là, il devient urgent de faire un régime, je vais vous conseiller quelques menus type qu’il faudra suivre. »

A l’époque, me dire que j’étais gros était la meilleure façon d’ouvrir les portes de l’enfer dont je suis le gardien. Malgré ses nombreuses années d’études et ses décennies d’expérience vue la profondeur des rides qui parsemaient sa gueule de sorcière mal baisée, elle ne voyait rien venir, la pauvre, continuant sans sourciller à égrener les questions notées sur sa feuille avant de guetter mes réponses par dessus ses lunettes de presbyte, pour pas dire de casse couille.

«_ Ecoutez, pas la peine de continuer à perdre votre temps comme le mien, cochez toutes les cases Oui de votre papier et terminons au plus vite.
_ Attendez monsieur, pas la peine de le prendre sur ce ton, si vous avez un problème avec moi, je peux demander à un collègue de me remplacer.
_ Ah non surtout pas, qu’on en finisse, merci bien. »

Suivront 30 secondes d’un lourd silence seulement troublé par le bruit de son stylo bic grattant rageusement le papier.

«_ Vous êtes apte. Au revoir. »

Depuis, à chaque enveloppe s’ouvrant sur une convocation à la médecine du travail, je tique. La dernière en date est de la semaine dernière. Aujourd’hui, j’ai changé de boulot, j’ai des horaires plus classiques, je mange et je dors mieux. Mais je fais 10kg de plus qu’à l’époque de ce premier entretien.

C’est donc avec une certaine réticence et en caleçon que je suis monté sur la balance face à une autre emblousée.

«_ Quelle taille vous faites, vous m’avez dit ? Ah oui, vous êtes assez lourd. Mettez-vous face à moi… tenez-vous droit. Oh vous avez un peu de gras pour affronter l’hiver, c’est sûr, mais vous êtes aussi solidement charpenté, rien d’inquiétant. »

A moins que mes précédentes frasques n’aient fait l’objet d’un encart dans Stéthoscope Magazine afin de prévenir la profession dans son ensemble de la menace que je représentais, et que ce médecin ait donc signé le serment d’Hypocrite, avis à la population, je ne suis donc pas gros mais charpenté.

« I’m not fat, I’m big-boned », en VO.

- Posté à 18:40 -
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mercredi 31 octobre 2007

Le garçon d'à côté

Maintenant que mon appartement parisien est plein comme un œuf de mes affaires nouvellement déménagées, cela veut dire logiquement que le précédent est vide. Que nenni. Il reste en fait mon lit et une commode, tout deux tellement abîmés par de nombreux montages et remontages successifs (merci de ne faire aucune allusion à caractère sexuel concernant mon pieu) que leur chemin s’arrête dans cette petite ville de banlieue. Seulement, en trop mauvais état pour les vendre ou même les donner, qu’en faire quand on n’a même pas de voiture et un passage des encombrants qu’une semaine après l’état des lieux sortant ?

On se doit de les détruire bien proprement pour que tout tienne dans quelques sacs poubelle afin que cela passe dans le circuit normal des détritus. Par contre, sans scie, broyeuse, machette ou aucune sorte d’outil contondant à part un tournevis et une cuillère à café, ça s’annonce sportif. Une fois, tout démonté proprement, il faut donc casser les planches. Usant de mon cerveau, je décide de faire confiance à Newton en les disposant avec un porte-à-faux puis en utilisant la gravité et mes 94kg pour les briser en deux. C’est un prodigieux défouloir et j’y prends un plaisir certain, même si c'est un peu vexant de voir ces épaisses planches céder aussi facilement sous mon poids. Mais quelques minutes après avoir commencé, on sonne à la porte.

« Bonjour monsieur, c’est le voisin du dessus. Dites, c’est dimanche après-midi, on est en pleine sieste et on a l’impression que vous vous tapez la tête contre les murs, vous en avez encore pour longtemps ? » me demande le sonneur avec un légère pointe d’agacement. Il est vrai que mon activité était quelque peu bruyante, mes oreilles en tintant jusqu’à l’acouphène. Mais je suis de mauvaise foi. Mais il a raison. Oui mais bon.

Je le connais bien ce voisin-là, il se trouve que nos noms de familles sont identiques à deux lettres près, une nuance que n’a pas été en mesure de discerner notre facteur au QI déficient, et ce, malgré mes fréquentes remarques dont le ton va croissant. Pour vous situer où nous en sommes, mon postier et moi, si je n’avais pas déménagé, la prochaine fois je lui aurais fait un diadème avec son vélo et des boucles d’oreilles avec ses sacoches, et pas forcément celles de sa bicyclette.

J’ai donc eu très régulièrement du courrier destiné à mon voisin et que je lui apporte à chaque fois. A chaque fois ? Certes, la gestion particulière de mes affaires personnelles fait qu’il se passe parfois plusieurs mois entre la réception de son courrier et son ouverture. Et il arrive aussi que j’ouvre des lettres qui ne me sont pas destinées sans faire exprès. C’est comme ça que j’ai appris le mois dernier que mon voisin était invité à se présenter au commissariat pour un délit de fuite après un accident de la route. Une convocation datée d’octobre 2006. Sans parler de ses très nombreux colis des éditions Altaya lui permettant de refaire la bataille de Verdun avec des soldats de plomb peints à la main comme des pieds.

Mais par contre, lui ne m’a jamais apporté du courrier à mon nom égaré dans sa boîte. Et à plusieurs reprises, je n’ai pas reçu des lettres que j’aurais du recevoir. Suspicion, j’écris ton nom.

Me voilà donc, transpirant et rougeaud, dans l’encadrement de ma porte, me demandant comment réagir à cette requête. Finalement, je décide de lui dire que j’avais presque terminé-désolé-bonne-journée. Parce que des mecs qui s’amusent à reconstituer des guerres en miniature au milieu de leur salon à l’âge adulte, on ne sait finalement pas de quoi d’autres ils sont capables.

- Posté à 18:25 -
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mardi 30 octobre 2007

Tenez, mon brave

Alors que je finissais de trier et de ranger tout ce que j’ai pu amasser ces 10 dernières années pour éviter d’avoir à les déménager, je suis tombé sur… le vide-poche. Vous savez, le truc qui trône dans l’entrée de chez vous et qui finit invariablement par déborder d’une multitude de petits objets d’aucune utilité mais qu’on n’a pas trop envie de jeter parce qu’ « on ne sait jamais » : un coupon de fidélité d’une pizzeria où vous ne retournerez jamais, une clé inconnue ouvrant une porte inconnue ou un jouet Kinder.

Dans mon vide-poche à moi, je rassemble toutes les pièces inférieures à 10 cents, celles en cuivre, qui laissent une odeur désagréable sur les doigts, qui encombrent mes poches et qui finissent par tinter à chaque pas contre mes clés, me donnant l’impression d’être un bouffon du 16ième siècle avec ses grelots. Vous voyez, le monde se divise en deux catégories : ceux qui paient en très petite monnaie et ceux qui sont payés en très petite monnaie. Je fais sans l’ombre d’un doute partie de la seconde, ne disant rien quand on me rend une poignée de pièces dégueulasses alors je viens de tendre un billet tout propre et n’osant en même temps jamais les refourguer ensuite.

Sauf qu’au bout d’un moment, par exemple à la veille d’un déménagement, il faut bien en faire quelque chose, de ce demi-kilo de pièces et j’ai beau faire attention, je n’ai pas encore croisé David Douillet pour les lui refiler.

Prenant une posture d’intense réflexion (cf schéma 5 page 12) en regardant par la fenêtre, mon regard tombe sur la jolie église, élément central de la vue. Et je me décidais alors à en faire don à ce charmant édifice. Je vois d’ici les anti-cléricaux primaires brandir leurs fourches pleines de vices, mais hé ho du calme, les mécréants. Croyant seulement en les mathématiques, la physique et la biologie, je n’en reste pas moins, excuse-moi, sensible à une belle pièce d’architecture.

Je profite donc d’une pause entre deux cartons pour me diriger vers le clocher avec mon vide-poche sous le bras, dans le but de remplir le premier tronc venu. Mais dans l’encadrement de la grande porte en bois, comptant aveuglement sur la légendaire charité chrétienne, était tendue la main pas très bien manucurée d’un clodo visiblement longue durée courbé contre le vent glacial. C’est sans réfléchir que je lui cède le magot, à sa grande joie qu’il conservera au moins jusqu’à avoir compté que, malgré le volume, il n’y avait que 2,47€.

Quitte à financer les penchants alcooliques de quelqu’un, autant que ce soit pour de la piquette en tétrapack plutôt que pour du vin de messe.

- Posté à 12:48 -
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vendredi 26 octobre 2007

Quand j’étais petit, j’étais un jedi

Cédant lâchement à cette vague d’exhibitions photographiques à caractère autopédophile initiée par 7h48 et poursuivie par Gauthier, me voilà en lardon.



C’est ça, marrez-vous.

- Posté à 15:04 -
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mardi 16 octobre 2007

Shakespeare in love

J’ai une passion pour l’Angleterre et ses habitants depuis fort longtemps : leur culture, leur mode de vie, leur langue, leur humour, leur nourriture (si si), leurs voitures, leurs paysages. En fait, je pourrais être l’un d’entre eux s’ils n’étaient pas si laids. Tout a commencé quand j’étais étudiant lorsqu’il fallait que je travaille l’été pour m’assurer le minimum vital ensuite pendant l’année scolaire (ordinateur, voitures de sport, sorties en tout genre, entretien de filles diverses et variées). A cette occasion, je m’étais retrouvé barman puis serveur durant deux étés successifs. Malgré quelques galères, je m’y étais plu, à tel point que j’ai failli m’y installer définitivement. Dieu sait quelle vie j’aurais eu si j’avais été un peu moins couard à cette époque. Bref, passons.

Depuis, mon affection pour la perfide Albion n’a cessé de se développer. Je passe une bonne partie de mon temps libre et même une partie de mon temps moins libre à lire religieusement des revues britanniques achetées à prix d’or chez WHSmith rue de Rivoli (une succursale du paradis sur terre) et à regarder les yeux brillants d'amour des films et des émissions de télé de la prestigieuse BBC en VO uniquement, évidemment. Et je ne rate pas non plus une occasion de parler avec un Anglais dès que j’en vois le vilain nez d’un. Ou un Américain, quand Gauthier en ramène un dans ses filets. Faute de grives, on mange du big mac.

Et ô joie, la demi-finale de la coupe du monde de rugby donnait l’occasion à nos voisins d’outre-manche de venir boire de la bière dans nos troquets parisiens. La semaine dernière donc, on pouvait trouver des anglais partout, pour la plupart perdus dans le métro à chercher désespérément leur chemin sur un plan à l’envers. Et qui vient à la rescousse ? Super Cactus Acide & Beurre Fondu, évidemment ! Sauf que certains d’entre eux ne souhaitaient pas spontanément se faire aider.

Je l’avais repéré de loin sur le quai de Franklin Roosevelt, ce couple rougeaud habillé à l’anglaise en train de scruter leur petit plan. Je m’étais donc glissé subrepticement près d’eux usant de la technique dite du pas chassé latéral, tout en prenant mon plus bel air de bon samaritain (cf figure A page 4). Mais rien. Le métro arrive, le couple monte, je me glisse derrière eux. Ils s’assoient sur des strapontins en se dévissant le cou pour déchiffrer l’itinéraire de la ligne 1, je m’assois sur un strapontin voisin. Toujours rien. Bien, passons à la vitesse supérieure.

J’ouvre mon précieux sac à dos et je sors mon arme secrète. Une revue anglaise, comme j’en transporte deux douzaines en permanence (selon le programme de musculation passive que j’ai moi-même développé et dont je vous parlerai un jour, bande de chanceux). Adoptant une posture complètement tordue mais leur permettant de lire la couverture aux titres anglais de mon magazine afin de leur démontrer toute l’étendue de mes capacités bilingues, je prenais alors un air détaché et concentré.

Pathétique, me direz-vous ? Je dis oui. Pathétique, mais presque.

La ruse de sioux fonctionne, le mâle du couple s’adresse à moi dans un accent cockney du plus bel effet. Certes, ça n’a pas la saveur de celui du Yorkshire (la région, pas le chien avec lequel je rechigne à m'entretenir) mais je saurai m’en contenter. Je m’applique, en sortant de pompeuses formules que je préparais déjà intérieurement depuis plusieurs minutes pour leur indiquer leur chemin et leur tient pour ainsi dire la jambe jusqu’à ce qu’ils arrivent à leur station de destination où je me gargarise d’un « Good luck for Saturday, may the best win ! » quand les portes de la rame se ferment et alors que mon intérêt pour le sport au ballon oval est proche du néant. Quel délice, quel bonheur, j’étais aux anges.

Par contre, comme je n’avais strictement aucune idée d’où se trouvait l’endroit où ils voulaient aller, j’ai du inventer. Désolé.

- Posté à 15:30 -
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lundi 8 octobre 2007

Tri marrant ? Pas vraiment

Comme vous avez pu le découvrir en lisant ce remarquable article, je suis pour l’instant en cours de changement de logis, pour le simple et doux plaisir de franchir le périphérique parisien, en divisant au passage mes temps de trajet quotidien mais aussi ma surface habitable par deux pour le même loyer. Qui dit espace moindre dit donc forcément tri acharné avant déménagement.

Voyez vous, je suis plutôt du genre collectionneur nostalgique. Du genre à s’asseoir dans un soupir sur mon lit entre deux sacs poubelle remplis de vêtements à donner ou à jeter, et serrer contre mon cœur une vieille paire de baskets Adidas trouées, à la couleur incertaine et à la semelle usée jusqu’à la corde, pour me remémorer les larmes aux yeux chaque mètre que j’ai pu faire avec depuis que je m’en suis porté acquéreur il y a… 10 ans. C’était mes chaussures par défaut, celles qui ont fait partie de toutes mes aventures de jeune adulte, celles qui m’ont vaillamment isolé du sol d’un nombre considérable de pays, s’imprégnant au passage de pluie anglaise, de neige suisse, de poussière volcanique islandaise, de sable sénégalais ou de boue thaïlandaise. Celles que j'emmène encore dans mes valises même si je sais que je ne vais pas les porter.

C’est avec elles que je suis passé de garçon à homme. A l’époque de leur achat, j’avais 10kg de moins, j’étais jeune, j’étais beau, j’étais étudiant et j’attendais fiévreusement le résultat de mes examens dans ma petite ville de province. Aujourd’hui, dans mon deuxième CDI qui n’a strictement rien à voir avec mes diplômes, je les remets de temps en temps s’il fait beau, le vendredi, pour affronter les transports en commun de la capitale. Entre temps, ces 10 années ont été absolument merveilleuses, riches en évènements, heureux ou pas, en rencontres, agréables ou pas, mais rock n’roll à faire passer du Machine Head pour le générique de Candy.

Elles ont aussi frôlé doucement quelques autres chaussures féminines, plus ou moins longuement, et c’est d’ailleurs la propriétaire des dernières qui a coiffé avec joie la casquette du nettoyeur sans pitié se chargeant de me motiver pour faire le ménage par le vide. Ces baskets sont les suivantes sur sa liste des cibles à abattre, après avoir expédié ad patres des Doc Martens au cuir usé laissant apparaître la coque en métal, des préservatifs à utiliser avant avril 2002 et quelques vieux films pornographiques téléchargés en cachette que-je-savais-même-plus-que-je-les-avais-promis-chérie.

Mais non, mes Adidas, je les garde.

- Posté à 14:20 -
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lundi 1 octobre 2007

Le péril très jeune

Une légende dit que plus on ignore les chats, plus on les attire. Je n’ai jamais remarqué ça pour les griffus, par contre c’est terriblement vrai pour moi en ce qui concerne les enfants. Et je n’aime pas les enfants. Si je prends le train, ce qui m’arrive régulièrement quand je retourne sur les terres parentales, comme ce fut le cas ce week-end, il y a forcément dans un périmètre de deux rangées de sièges un de ces affreux nains grotesques découvrant soudainement ses capacités à faire des vocalises.

Cette fois-ci, le nabot ne répondait que trop peu au nom de Liberté. Oui, oui, c’est son prénom. Affublée d’une paire de géniteurs totalement inutiles en plus d’avoir des goûts de chiotte au moment de baptiser leur rejeton, elle a passé les trois heures du trajet à sauter à pieds joints sur l’assise de son siège, en poussant des sons suraigus dont je ne pensais pas capable un membre du genre humain. Malgré un nostalgique Wreckx-N-Effect généreusement diffusé dans les oreilles via mon lecteur MP3, ce dernier n’était pas assez puissant pour passer au dessus des cris émis par cet être maléfique et blond. De quoi vouloir l’enfermer, Liberté, et sans lui faire de statue. Les parents, totalement en extase devant le résidu de leurs coucheries dégueulasses et l’encourageant presque, ignoraient avec une faculté qui force l’admiration les mauvaises ondes et les regards noirs que le reste du wagon leur envoyait, à défaut de pierres, une denrée peu commune dans un TGV.

Trois heures plus tard, la tête comme un compteur à gaz, j’arrive enfin dans la région qui m’a vu naître. Ma tendre mère venue me chercher à la gare cachait sur la banquette arrière de la voiture familiale une petite surprise sous la forme de ma nièce, fruit des amours étranges entre ma sœur et un gendarme. La dernière fois que je l’ai vu, c’était un bébé parvenant à faire de magnifiques bulles avec sa bave et qui hurlait de peur en me voyant. A cause de ma barbe, paraît-il, c’est la raison qu’on avait trouvée. Aujourd’hui, c’est une vraie petite fille de 4 ans. Sanglée dans son siège, ce n’est qu’en arrivant à la maison qu’elle se réveillera, me dévisageant en fronçant les sourcils. « C’est toi, Tonton Cactus Acide et Beurre Fondu ? ». Euh… oui, ça semble correspondre mais ne crie pas s’il te plaît. Elle ne cria pas. Et tordit le cou pour me faire un bisou en échange d’un des miens. C’est marrant, ma bouche fait la taille de sa joue, j’ai peur de lui aspirer un œil. Elle sent la crème pour bébé sous ses petites boucles châtains.

Le lendemain midi, c’est elle qui viendra me réveiller en me donnant des petites tapes sur la joue. Normalement, c’est le genre de choses qui me met un peu en rogne, d’être sorti de mon sommeil à coups de claque. Mais là en ouvrant les yeux, je vois perchée sur mon ventre cette petite tête, avec ce large sourire dévoilant de minuscules dents tels des morceaux de sucre et ces grands yeux noirs brillants. Et je n’ai soudainement plus envie de la jeter par la fenêtre. Nous passerons l’après-midi à jouer. C’est à dire à faire quatre fois le même puzzle de 10 pièces. Je lui apprends à commencer par les bords en cherchant d’abord les coins et les pièces comportant un côté plat, elle me montre comment emmancher en force deux pièces qui n’ont strictement rien à voir. C’est stupide, mais c’est mignon. Dimanche, c’est le jour de la balade familiale. Cent mètres après le point de départ, elle a soudainement sommeil et mal au ventre, de plus ses chaussures sont trop petites, elle a un point de côté et il y a trop de vent. Elle finira donc la marche sur mes épaules, à saloper correctement ma veste avec ses baskets pleines de boue, tout en battant des mains pour que je marche plus vite et en émettant le plus cristallin des rires.

Quand ma soeur viendra la chercher en fin d’après-midi, c’est en pleurs qu’elle me dira au revoir. « Pourquoi on se voit jamais ? ». Parce que j’habite loin. Parce que je suis brouillé avec ta mère et que ton père me déteste. Parce que normalement je n’aime pas les enfants.

- Posté à 12:23 -
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