Mais qui est-il ?

Mon contact à Washington me dit qu’on n’a pas affaire à un élève mais qu’on a affaire au professeur. Quand l’armée monte une opération qui ne doit pas échouer, c’est à lui qu’ils font appel pour entraîner les troupes, d’accord ? C’est le genre de type qui boirait un bidon d’essence pour pouvoir pisser sur ton feu de camp. Ce mec-là, tu le largues au Pôle Nord, sur la banquise avec un slip de bain pour tout vêtement, sans une brosse à dent, et demain matin tu le vois débarquer au bord de ta piscine avec un sourire jusqu’aux oreilles et les poches bourrées de pesos. Ce type-là est un professionnel.

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jeudi 16 août 2007

Ma vie avec Madame Propre

Attention, la ressemblance n’est pas au au niveau esthétique hein, la Femme n’a pas la coupe de cheveux de Yul Brynner ni des bras de nageuse chinoise, mais disons qu’elle est pour le moins pointilleuse sur le rangement et l’hygiène en général.

Je ne parle pas de ses nombreuses interpositions entre la télé (avec AB Moteurs dessus) et le canapé (avec moi dessus) pour nettoyer la table basse tachée par le verre que je viens de poser, ça toutes les femmes le font. C’est génétique. Vous voyez la chromatide en plus sur la 23ième paire de chromosomes des caryotypes féminins ? Le XX à la place du XY masculin ? Et bien c’est là où réside le gène de l’interposition télé/canapé, à côté de celui des seins.

Non, je parle plutôt de certains détails. Par exemple, rappelez-vous notre virée à Ikea et ses maudites étagères. Nous étions accompagnés pour l’occasion par deux agréables compères, Grenouille et Flammèche. Alors que nous passions à côté des lits en démonstration, ces derniers d’humeur frivole se jètent promptement sur l’un d’entre eux pour faire des choses que la morale et le droit français réprouvent. Une fois nos deux tourteaux relevés, que vois-je de mes yeux ébahis ? La Femme qui passe derrière pour… rabattre un coin de la couette chamboulée puis passer amoureusement une main dessus pour en lisser les plis. Oui, elle est comme ça ma chérie, elle refait les lits dans les magasins. Si je ne l’avais pas retenu, je pense qu’elle aurait passé le plumeau sur les meubles avant d’aller laver les voitures dans le parking.

Mais le pire est arrivé hier. Prise d’une fièvre culinaire, la Femme se lance dans la fabrication de madeleines au Nutella. J’aime ce genre d’initiative. Puis elle amène le produit de son labeur jusqu’au canapé, où je suis élégamment assis, la bave aux lèvres et proche de l’inanition depuis qu’une envoûtante odeur de chocolat a envahi l’appartement. Et miam, miam, c’est l’heure de la dégustation. Quand tout à coup…

Je la vois. La miette. L’horrible miette.

Perchée encore en haut de la madeleine que j’ai en main, elle penche dangereusement, ne tenant à la paroi que par quelques micro grammes de sucre. Et c’est l’accident, elle se détache devant mes yeux éberlués. Tout se passe alors au ralenti. Newton ayant raison, la miette kamikaze se précipite vers le sol recouvert ici d’un tapis (rouge à motifs noirs, très beau, j’aime bien, même s’il brûle les genoux) fraîchement aspiré. Je suis pétrifié devant ce terrible spectacle et les cruelles représailles qui en découleront, comme un lapin immobile dans le halo des phares d’une voiture. Rien ne semble maintenant pouvoir s’interposer pour stopper cette chute fatale.

Rien ?

Une main que je connais bien, douce et délicate mais aussi rapide que l’éclair, vient l’attraper au vol, telle une langue de caméléon qui fouette l’air pour attraper la mouche insouciante. Stupeur. Et même, peur. Devant mes yeux écarquillés et ma mâchoire pendante, la Femme hausse les épaules après avoir délicatement glissé la miette cascadeuse entre ses lèvres pulpeuses. « Cela fait déjà plusieurs minutes que je l’avais repérée ».

C’est tout simplement effrayant.

- Posté à 11:58 -
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