Tout a commencé cet été alors que je rissolais sur une plage espagnole dans mon slip de bain Adidas aux côtés de ma tendre mère. Soudain celle-ci se redresse et me regardant par dessus ses lunettes de soleil s’exclame « ça serait vraiment bien que tu te remettes à faire du sport, tu en as besoin ».
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Bien sûr, la remarque maternelle n’avait rien de méchant, elle voulait juste dire qu’il serait bien pour ma santé que je trouve le temps de faire du sport de façon régulière. Parce que ma mère m’adore, je ne vous l’ai jamais dit, elle pense que je tutoie la perfection et est persuadée en toute modestie d’être une artiste pour avoir réalisé un chef d’œuvre tel que moi.
Mais le mal était fait, j’avais déjà l’impression d’être un cachalot échoué sur le sable, un steak cuisant dans son gras. Je sais bien que je traîne depuis plusieurs mois quelques kilos de trop faisant fondre mes tablettes de chocolat, un régime alimentaire composé exclusivement de kebabs, de sandwichs jambon/ fromage de chèvre ou bo buns le midi, et de Pringles, de pâtes à la HP sauce et de guacamole le soir y étant peut-être pour quelque chose. Tout comme mon activité physique, qui, à part nos quotidiennes séances de gymnastique amoureuse avec
la Femme, se résume à quelques footings de temps en temps. Quand il fait beau. Et chaud. Mais pas trop, sinon je transpire.
De retour en région parisienne, j’étais donc décidé à me faire violence et j’en fais part à la Femme, qui est déjà inscrite dans une fameuse chaîne de centres sportifs, son corps de rêve n’étant pas, comme beaucoup semblent le penser, un simple don de dieu. Malgré un tarif à l’année approchant le prix d’un rein d’enfant blond, c’est d’un pas léger malgré ma corpulence que je me joins à elle dimanche dernier, une serviette sur l’épaule et un short sur le derrière, pour une séance d’essai.
Arrivé sur place, je découvre un endroit infesté de sportifs. Des vrais, des purs, des durs, des qui se regardent marcher dans les miroirs dont sont recouverts les murs, des qui expirent fort et de façon très saccadée en plein effort et en grimaçant de préférence. Le muscle saillant, la démarche virile, le poil brillant, les auréoles dégoulinantes. Nous décidons de commencer par faire du vélo elliptique. Si comme moi vous assimiliez cet objet à un instrument de torture datant de l’Inquisition sans savoir vraiment à quoi ça ressemblait, il permet en fait de reproduire le mouvement que vous pourriez faire en pratiquant du ski de fond, sans pour autant devoir porter des moufles à pompons. De la toute dernière technologie, ils surveillent de près votre rythme cardiaque tout en vous informant de la distance virtuellement parcourue et du nombre de calories que vous perdez. Après quelques minutes à mouliner maladroitement dans le vide en espérant ne pas faire trop de bruit si jamais je tombais, je commence à prendre mes marques et à me concentrer sur mon effort avec la Femme à mes côtés, légère comme une gazelle quand je suis déjà rouge pompier. « C’est parti pour une demi heure ! » lance t’elle. Ah oui quand même. La tête dans le guidon, je vois le compteur de mes calories perdues augmenter petit à petit. Quand, essoufflé comme un asthmatique enrhumé, ma douce donne le signal de la fin, j’ai perdu un peu plus de 500 calories, soit presque un Big Mac, plutôt encourageant.
La Femme en ayant assez pour aujourd’hui, nous décidons de nous retrouver à la sortie quand elle se sera changée, la coquette. En attendant, je me dirige vers un rameur pour me finir. Le dernier disponible se trouve à côté de l’un d’entre Eux. Eux, les sportifs. Alors que je commence déjà à ramer, celui-ci est en train de remettre au mieux les straps qui retiennent ses baskets toutes neuves. Visiblement, c’est un réglage de précision qui ne tolère pas l’erreur et qui nécessite un affinage supplémentaire après quelques essais. C’est quand il commence à fixer méchamment son reflet dans le miroir à un mètre devant lui que je devine que ça y est, il est prêt, et que ça va chier des bulles carrées, écartez-vous mesdames et messieurs, attention aux enfants. Après quelques secondes de chauffe dans un rictus parfaitement étudié, il atteint sa pleine vitesse, me donnant l’impression d’être un Zodiac de secours à côté d’un off shore de compétition.
Le problème est que les manches de son T-shirt forment une sorte de soufflet expulsant les odeurs de ses aisselles vers mon visage. A vue de nez, j'aurais plutôt dit qu’il faisait du rameur depuis trois semaines et non trois minutes, une véritable croisière en canoë kayak sur le tout à l’égout d’un bidonville de New Delhi à lui tout seul. C’est donc avec soulagement que je vois mon voisin terminer son effort, respirant toujours bruyamment avant de se lever et faire trois fois le tour de la salle en secouant les cuisses.
Alors que je continue à ramer avec conviction dans mon petit coin, la main douce de l’être chéri se pose sur mon épaule, signal du départ. Est-ce que j’ai aimé ? Oui, le mélange de sport et de spectacle ininterrompu est très distrayant. Est-ce que je m’abonne ? Oh oui, la prochaine fois, nous assisterons tous les deux à un cours de culture physique. Je pense que cela me donnera sans peine matière à écrire.