Mais qui est-il ?

Mon contact à Washington me dit qu’on n’a pas affaire à un élève mais qu’on a affaire au professeur. Quand l’armée monte une opération qui ne doit pas échouer, c’est à lui qu’ils font appel pour entraîner les troupes, d’accord ? C’est le genre de type qui boirait un bidon d’essence pour pouvoir pisser sur ton feu de camp. Ce mec-là, tu le largues au Pôle Nord, sur la banquise avec un slip de bain pour tout vêtement, sans une brosse à dent, et demain matin tu le vois débarquer au bord de ta piscine avec un sourire jusqu’aux oreilles et les poches bourrées de pesos. Ce type-là est un professionnel.

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lundi 1 octobre 2007

Le péril très jeune

Une légende dit que plus on ignore les chats, plus on les attire. Je n’ai jamais remarqué ça pour les griffus, par contre c’est terriblement vrai pour moi en ce qui concerne les enfants. Et je n’aime pas les enfants. Si je prends le train, ce qui m’arrive régulièrement quand je retourne sur les terres parentales, comme ce fut le cas ce week-end, il y a forcément dans un périmètre de deux rangées de sièges un de ces affreux nains grotesques découvrant soudainement ses capacités à faire des vocalises.

Cette fois-ci, le nabot ne répondait que trop peu au nom de Liberté. Oui, oui, c’est son prénom. Affublée d’une paire de géniteurs totalement inutiles en plus d’avoir des goûts de chiotte au moment de baptiser leur rejeton, elle a passé les trois heures du trajet à sauter à pieds joints sur l’assise de son siège, en poussant des sons suraigus dont je ne pensais pas capable un membre du genre humain. Malgré un nostalgique Wreckx-N-Effect généreusement diffusé dans les oreilles via mon lecteur MP3, ce dernier n’était pas assez puissant pour passer au dessus des cris émis par cet être maléfique et blond. De quoi vouloir l’enfermer, Liberté, et sans lui faire de statue. Les parents, totalement en extase devant le résidu de leurs coucheries dégueulasses et l’encourageant presque, ignoraient avec une faculté qui force l’admiration les mauvaises ondes et les regards noirs que le reste du wagon leur envoyait, à défaut de pierres, une denrée peu commune dans un TGV.

Trois heures plus tard, la tête comme un compteur à gaz, j’arrive enfin dans la région qui m’a vu naître. Ma tendre mère venue me chercher à la gare cachait sur la banquette arrière de la voiture familiale une petite surprise sous la forme de ma nièce, fruit des amours étranges entre ma sœur et un gendarme. La dernière fois que je l’ai vu, c’était un bébé parvenant à faire de magnifiques bulles avec sa bave et qui hurlait de peur en me voyant. A cause de ma barbe, paraît-il, c’est la raison qu’on avait trouvée. Aujourd’hui, c’est une vraie petite fille de 4 ans. Sanglée dans son siège, ce n’est qu’en arrivant à la maison qu’elle se réveillera, me dévisageant en fronçant les sourcils. « C’est toi, Tonton Cactus Acide et Beurre Fondu ? ». Euh… oui, ça semble correspondre mais ne crie pas s’il te plaît. Elle ne cria pas. Et tordit le cou pour me faire un bisou en échange d’un des miens. C’est marrant, ma bouche fait la taille de sa joue, j’ai peur de lui aspirer un œil. Elle sent la crème pour bébé sous ses petites boucles châtains.

Le lendemain midi, c’est elle qui viendra me réveiller en me donnant des petites tapes sur la joue. Normalement, c’est le genre de choses qui me met un peu en rogne, d’être sorti de mon sommeil à coups de claque. Mais là en ouvrant les yeux, je vois perchée sur mon ventre cette petite tête, avec ce large sourire dévoilant de minuscules dents tels des morceaux de sucre et ces grands yeux noirs brillants. Et je n’ai soudainement plus envie de la jeter par la fenêtre. Nous passerons l’après-midi à jouer. C’est à dire à faire quatre fois le même puzzle de 10 pièces. Je lui apprends à commencer par les bords en cherchant d’abord les coins et les pièces comportant un côté plat, elle me montre comment emmancher en force deux pièces qui n’ont strictement rien à voir. C’est stupide, mais c’est mignon. Dimanche, c’est le jour de la balade familiale. Cent mètres après le point de départ, elle a soudainement sommeil et mal au ventre, de plus ses chaussures sont trop petites, elle a un point de côté et il y a trop de vent. Elle finira donc la marche sur mes épaules, à saloper correctement ma veste avec ses baskets pleines de boue, tout en battant des mains pour que je marche plus vite et en émettant le plus cristallin des rires.

Quand ma soeur viendra la chercher en fin d’après-midi, c’est en pleurs qu’elle me dira au revoir. « Pourquoi on se voit jamais ? ». Parce que j’habite loin. Parce que je suis brouillé avec ta mère et que ton père me déteste. Parce que normalement je n’aime pas les enfants.

- Posté à 12:23 -
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