Mais qui est-il ?

Mon contact à Washington me dit qu’on n’a pas affaire à un élève mais qu’on a affaire au professeur. Quand l’armée monte une opération qui ne doit pas échouer, c’est à lui qu’ils font appel pour entraîner les troupes, d’accord ? C’est le genre de type qui boirait un bidon d’essence pour pouvoir pisser sur ton feu de camp. Ce mec-là, tu le largues au Pôle Nord, sur la banquise avec un slip de bain pour tout vêtement, sans une brosse à dent, et demain matin tu le vois débarquer au bord de ta piscine avec un sourire jusqu’aux oreilles et les poches bourrées de pesos. Ce type-là est un professionnel.

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mardi 16 octobre 2007

Shakespeare in love

J’ai une passion pour l’Angleterre et ses habitants depuis fort longtemps : leur culture, leur mode de vie, leur langue, leur humour, leur nourriture (si si), leurs voitures, leurs paysages. En fait, je pourrais être l’un d’entre eux s’ils n’étaient pas si laids. Tout a commencé quand j’étais étudiant lorsqu’il fallait que je travaille l’été pour m’assurer le minimum vital ensuite pendant l’année scolaire (ordinateur, voitures de sport, sorties en tout genre, entretien de filles diverses et variées). A cette occasion, je m’étais retrouvé barman puis serveur durant deux étés successifs. Malgré quelques galères, je m’y étais plu, à tel point que j’ai failli m’y installer définitivement. Dieu sait quelle vie j’aurais eu si j’avais été un peu moins couard à cette époque. Bref, passons.

Depuis, mon affection pour la perfide Albion n’a cessé de se développer. Je passe une bonne partie de mon temps libre et même une partie de mon temps moins libre à lire religieusement des revues britanniques achetées à prix d’or chez WHSmith rue de Rivoli (une succursale du paradis sur terre) et à regarder les yeux brillants d'amour des films et des émissions de télé de la prestigieuse BBC en VO uniquement, évidemment. Et je ne rate pas non plus une occasion de parler avec un Anglais dès que j’en vois le vilain nez d’un. Ou un Américain, quand Gauthier en ramène un dans ses filets. Faute de grives, on mange du big mac.

Et ô joie, la demi-finale de la coupe du monde de rugby donnait l’occasion à nos voisins d’outre-manche de venir boire de la bière dans nos troquets parisiens. La semaine dernière donc, on pouvait trouver des anglais partout, pour la plupart perdus dans le métro à chercher désespérément leur chemin sur un plan à l’envers. Et qui vient à la rescousse ? Super Cactus Acide & Beurre Fondu, évidemment ! Sauf que certains d’entre eux ne souhaitaient pas spontanément se faire aider.

Je l’avais repéré de loin sur le quai de Franklin Roosevelt, ce couple rougeaud habillé à l’anglaise en train de scruter leur petit plan. Je m’étais donc glissé subrepticement près d’eux usant de la technique dite du pas chassé latéral, tout en prenant mon plus bel air de bon samaritain (cf figure A page 4). Mais rien. Le métro arrive, le couple monte, je me glisse derrière eux. Ils s’assoient sur des strapontins en se dévissant le cou pour déchiffrer l’itinéraire de la ligne 1, je m’assois sur un strapontin voisin. Toujours rien. Bien, passons à la vitesse supérieure.

J’ouvre mon précieux sac à dos et je sors mon arme secrète. Une revue anglaise, comme j’en transporte deux douzaines en permanence (selon le programme de musculation passive que j’ai moi-même développé et dont je vous parlerai un jour, bande de chanceux). Adoptant une posture complètement tordue mais leur permettant de lire la couverture aux titres anglais de mon magazine afin de leur démontrer toute l’étendue de mes capacités bilingues, je prenais alors un air détaché et concentré.

Pathétique, me direz-vous ? Je dis oui. Pathétique, mais presque.

La ruse de sioux fonctionne, le mâle du couple s’adresse à moi dans un accent cockney du plus bel effet. Certes, ça n’a pas la saveur de celui du Yorkshire (la région, pas le chien avec lequel je rechigne à m'entretenir) mais je saurai m’en contenter. Je m’applique, en sortant de pompeuses formules que je préparais déjà intérieurement depuis plusieurs minutes pour leur indiquer leur chemin et leur tient pour ainsi dire la jambe jusqu’à ce qu’ils arrivent à leur station de destination où je me gargarise d’un « Good luck for Saturday, may the best win ! » quand les portes de la rame se ferment et alors que mon intérêt pour le sport au ballon oval est proche du néant. Quel délice, quel bonheur, j’étais aux anges.

Par contre, comme je n’avais strictement aucune idée d’où se trouvait l’endroit où ils voulaient aller, j’ai du inventer. Désolé.

- Posté à 15:30 -
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