Comme vous avez pu le découvrir en lisant ce
remarquable article, je suis pour l’instant en cours de changement de logis, pour le simple et doux plaisir de franchir le périphérique parisien, en divisant au passage mes temps de trajet quotidien mais aussi ma surface habitable par deux pour le même loyer. Qui dit espace moindre dit donc forcément tri acharné avant déménagement.
Voyez vous, je suis plutôt du genre collectionneur nostalgique. Du genre à s’asseoir dans un soupir sur mon lit entre deux sacs poubelle remplis de vêtements à donner ou à jeter, et serrer contre mon cœur une vieille paire de baskets Adidas trouées, à la couleur incertaine et à la semelle usée jusqu’à la corde, pour me remémorer les larmes aux yeux chaque mètre que j’ai pu faire avec depuis que je m’en suis porté acquéreur il y a… 10 ans. C’était mes chaussures par défaut, celles qui ont fait partie de toutes mes aventures de jeune adulte, celles qui m’ont vaillamment isolé du sol d’un nombre considérable de pays, s’imprégnant au passage de pluie anglaise, de neige suisse, de poussière volcanique islandaise, de sable sénégalais ou de boue thaïlandaise. Celles que j'emmène encore dans mes valises même si je sais que je ne vais pas les porter.
C’est avec elles que je suis passé de garçon à homme. A l’époque de leur achat, j’avais 10kg de moins, j’étais jeune, j’étais beau, j’étais étudiant et j’attendais fiévreusement le résultat de mes examens dans ma petite ville de province. Aujourd’hui, dans mon deuxième CDI qui n’a strictement rien à voir avec mes diplômes, je les remets de temps en temps s’il fait beau, le vendredi, pour affronter les transports en commun de la capitale. Entre temps, ces 10 années ont été absolument merveilleuses, riches en évènements, heureux ou pas, en rencontres, agréables ou pas, mais rock n’roll à faire passer du Machine Head pour le générique de Candy.
Elles ont aussi frôlé doucement quelques autres chaussures féminines, plus ou moins longuement, et c’est d’ailleurs
la propriétaire des dernières qui a coiffé avec joie la casquette du nettoyeur sans pitié se chargeant de me motiver pour faire le ménage par le vide. Ces baskets sont les suivantes sur sa liste des cibles à abattre, après avoir expédié ad patres des Doc Martens au cuir usé laissant apparaître la coque en métal, des préservatifs à utiliser avant avril 2002 et quelques vieux films pornographiques téléchargés en cachette que-je-savais-même-plus-que-je-les-avais-promis-chérie.
Mais non, mes Adidas, je les garde.