Mais qui est-il ?

Mon contact à Washington me dit qu’on n’a pas affaire à un élève mais qu’on a affaire au professeur. Quand l’armée monte une opération qui ne doit pas échouer, c’est à lui qu’ils font appel pour entraîner les troupes, d’accord ? C’est le genre de type qui boirait un bidon d’essence pour pouvoir pisser sur ton feu de camp. Ce mec-là, tu le largues au Pôle Nord, sur la banquise avec un slip de bain pour tout vêtement, sans une brosse à dent, et demain matin tu le vois débarquer au bord de ta piscine avec un sourire jusqu’aux oreilles et les poches bourrées de pesos. Ce type-là est un professionnel.

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vendredi 9 novembre 2007

Médecins, mes deux fesses

Ayant été doté dès la naissance d’une santé de fer qui m’a permis tout au long de ces années de me tenir à une distance respectable de tout ce qui porte une blouse blanche à part quand Elle se déguise en infirmière pour me divertir, c’est avec une crainte mêlée de curiosité que je me suis rendu pour la première fois à une visite médicale imposée après la signature de mon premier contrat de travail, il y a de ça ouh là quelques années maintenant.

Je m’étais alors retrouvé face à un individu de type dragon femelle sur lequel mon charme pourtant normalement sans limite semblait glisser comme un pet sur une toile cirée. Répondant au début poliment à ses questions, elle ne semblait satisfaite par aucune de mes réponses et croyait donc bon de les ponctuer de remarques désobligeantes sur un ton sec.

Non, je ne dors pas bien, je travaille au 3/8. « Ah c’est pour ça que vous avez une tête de déterré ? Il faut vite changer de boulot, vous n’allez pas tenir là ». Je peux difficilement prendre mes repas à heures fixes, voyez-vous, c’est mon boulot qui le dicte et ça change souvent et non, comme mes horaires varient très souvent, je peux difficilement suivre une activité sportive régulière. « Vous avez une hygiène de vie épouvantable, vous allez droit dans le mur là ».

Devant l’absurdité de ses remarques et son manque de souplesse face à la situation particulière dans laquelle mon travail me mettait, je commençais à perdre ma bonne humeur. Et à commencer à me vexer aussi face à ce démontage en règle. En général, dans ces moments-là, je me renfrogne et il vaut mieux me laisser tranquille dans mon coin. Mais elle n’avait pas été prévenue.

Le point de non-retour arrivera quand elle me fera monter sur la balance. Ouvrant de grands yeux étonnés à la lecture du chiffre s’affichant, elle me montra alors un graphique : « vous voyez monsieur, vous êtes ici, à la limite de l’obésité. Il faut vous secouer là, il devient urgent de faire un régime, je vais vous conseiller quelques menus type qu’il faudra suivre. »

A l’époque, me dire que j’étais gros était la meilleure façon d’ouvrir les portes de l’enfer dont je suis le gardien. Malgré ses nombreuses années d’études et ses décennies d’expérience vue la profondeur des rides qui parsemaient sa gueule de sorcière mal baisée, elle ne voyait rien venir, la pauvre, continuant sans sourciller à égrener les questions notées sur sa feuille avant de guetter mes réponses par dessus ses lunettes de presbyte, pour pas dire de casse couille.

«_ Ecoutez, pas la peine de continuer à perdre votre temps comme le mien, cochez toutes les cases Oui de votre papier et terminons au plus vite.
_ Attendez monsieur, pas la peine de le prendre sur ce ton, si vous avez un problème avec moi, je peux demander à un collègue de me remplacer.
_ Ah non surtout pas, qu’on en finisse, merci bien. »

Suivront 30 secondes d’un lourd silence seulement troublé par le bruit de son stylo bic grattant rageusement le papier.

«_ Vous êtes apte. Au revoir. »

Depuis, à chaque enveloppe s’ouvrant sur une convocation à la médecine du travail, je tique. La dernière en date est de la semaine dernière. Aujourd’hui, j’ai changé de boulot, j’ai des horaires plus classiques, je mange et je dors mieux. Mais je fais 10kg de plus qu’à l’époque de ce premier entretien.

C’est donc avec une certaine réticence et en caleçon que je suis monté sur la balance face à une autre emblousée.

«_ Quelle taille vous faites, vous m’avez dit ? Ah oui, vous êtes assez lourd. Mettez-vous face à moi… tenez-vous droit. Oh vous avez un peu de gras pour affronter l’hiver, c’est sûr, mais vous êtes aussi solidement charpenté, rien d’inquiétant. »

A moins que mes précédentes frasques n’aient fait l’objet d’un encart dans Stéthoscope Magazine afin de prévenir la profession dans son ensemble de la menace que je représentais, et que ce médecin ait donc signé le serment d’Hypocrite, avis à la population, je ne suis donc pas gros mais charpenté.

« I’m not fat, I’m big-boned », en VO.

- Posté à 18:40 -
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