Mais qui est-il ?

Mon contact à Washington me dit qu’on n’a pas affaire à un élève mais qu’on a affaire au professeur. Quand l’armée monte une opération qui ne doit pas échouer, c’est à lui qu’ils font appel pour entraîner les troupes, d’accord ? C’est le genre de type qui boirait un bidon d’essence pour pouvoir pisser sur ton feu de camp. Ce mec-là, tu le largues au Pôle Nord, sur la banquise avec un slip de bain pour tout vêtement, sans une brosse à dent, et demain matin tu le vois débarquer au bord de ta piscine avec un sourire jusqu’aux oreilles et les poches bourrées de pesos. Ce type-là est un professionnel.

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vendredi 24 août 2007

Neige en août, paté en croûte (la suite)

« Qu’est-ce que tu prépares, ma chérie ? Une sorte de fondue exotique ? A l’odeur, c’est très original, hihi » demandais-je innocemment, avec un sourire un peu crispé. Ignorant ma question et tout en touillant sa petite marmite, comme une jeune sorcière (mais sexy la sorcière, attention), elle répond d’un ton monocorde « on va faire les côtés à la cire et on utilisera de la crème dépilatoire dessus ».

Mais dessus quoi ??

Je ne pensais pas en lui disant que je lui donnais carte blanche que ça irait jusqu’ici. Jusque là. Enfin bon, vous avez compris. Je proteste un peu quand même et là l’argument massue tombe, celui-là même utilisé par Philo dans les commentaires de la première partie : « comme ça, tu verras ce que nous les femmes devons subir pour vous plaire, vous les hommes ». Que répondre à ça ? Que je m’en fous si elle portait le mollet velu et le tablier de sapeur toutes options ? Vu le caractère bien trempé de la Femme, c’est un coup à ce qu’elle me prenne au mot (pas homo Gauthier, du calme) et qu’elle adopte la nationalité portugaise.

Mais flûte quand même, là on s’attaque à ma virilité, si je cède, quelle sera l’étape suivante, elle me demandera de faire la vaisselle, de laver les toilettes et de repasser mes sous-vêtements ? Il est temps que quelqu’un réagisse, tape du poing sur la table et dise tout haut ce que tous les vrais mecs du monde pensent tout bas : non à la parité, les hommes au boulot et les femmes à la maison à torcher les gosses ! Les mâles avec des poils, les gonzesses avec des jupes ! Ouais !

Mais ce quelqu'un ne sera pas moi.

Quelques secondes plus tard, le caleçon sur les chevilles et les couleurs en berne, j’attends que le bourreau fasse son office., Elle s’apprête à appliquer de la cire sur les côtés de ce que vous savez, à genoux devant moi. Je ne pensais pas que je trouverais un jour cette situation si peu excitante.

C’est brûlant.

Je ne crie presque pas, alors que ma peau délicate est brûlée au troisième degré, peut-être même au quatrième. Et pourtant, ce n’est vraiment pas ce que j’allais vivre de plus douloureux ce soir là, oh là non. Parce que maintenant que c’est sec, il va falloir tout enlever. « Mais dis donc, chérie mon amour, les poils n’étaient pas un peu trop longs pour… »

Aïe.

Je viens d’être écorché vif. Dans sa main magnifique, la Femme tient maintenant une chips à poils longs. La douleur, messieurs, est indescriptible et elle se répétera quatre fois avant que le paysage soit globalement dégagé. Il est temps de passer à la crème dépilatoire pour s’attaquer au cœur du sujet. Merci au passage à Gajal : sans ton sponsor, elle me faisait tout à la cire, et on m’aurait entendu hurler jusqu’à La Baule.

C’est glacial.

Une fois le paquet bien tartiné et enrobé, je me retrouve à patienter ainsi pendant 10 minutes montre en main, le temps que ça fasse effet. Maintenant seul dans la salle de bain silencieuse, je patiente, debout dans le bac de douche. Le robinet du lavabo goutte. Tiens, on sent que ça bosse, ça picote légèrement. La porte du voisin claque vigoureusement. Un des chats rentre et s’assoit, en me dévisageant. Une voiture klaxonne dans la rue. Je songe pendant quelques instants à jeter un peu de crème sur le dos du chat, pour rire. Mais non, en fin de compte.

Une fois le délai écoulé, il convient maintenant de rincer le tout et comme par miracle, les poils se détachent spontanément et s’engouffrent directement dans le trou d’évacuation de la douche. C’est fascinant. Il y a 95% de chances que ça le bouche, mais c’est fascinant.

Je me regarde dans la glace, je n’ai pas été aussi nu depuis longtemps. J’ai à nouveau 12 ans. Mais à l’échelle 2, hein. « La prochaine fois, on fera tout à la crème, ça fera moins mal ». Ah oui, ça, ça pourrait être une bonne idée. S’il y a une prochaine fois.

- Posté à 12:30 -
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lundi 20 août 2007

Neige en août, paté en croûte

Pas besoin de vous le rappeler puisque vous êtes bien autant au courant que moi, mais c’est un été bien dégueulasse que nous traversons, ma bonne dame, preuve s’il en fallait encore que la main de l’homme a filé un bon coup de pied à l’équilibre écologique de la Terre et que le futur, s’il peut encore y en avoir un, sera l’affaire d’un changement dans les mentalités de chacun d’entre nous. Sauf de moi, ça fait des années que je manifeste mon soutien à Nicolas Hulot en achetant ses shampooings Ushuaia, j’ai la conscience tranquille.

Toutefois, en attendant que le genre humain donne le coup de grâce à notre chère planète bleue maronnasse, d’évidents problèmes d’importance critique se posent : que faire donc le week-end quand on est coincé chez soi en couple alors que la pluie têtue ne fait rien qu’à frapper aux carreaux même si elle sait pertinemment qu’on ne lui ouvrira de toutes façons pas et que les températures ne dépassent pas les 5 ou 6 béries, une unité de mesure très en vogue à Vladivostok ? A quoi passer son temps, à part copuler frénétiquement, évidemment, ce qui laisse bien deux ou trois heures de libre sur les deux jours quand, au-delà du septième ciel, la Femme et ses seins se lassent enfin de tutoyer dieu et ses saints aussi ?

Nous avons trouvé : après avoir joué au docteur, nous jouons à l’esthéticienne. Faisant fi de milliers d’années d’évolution virile de la condition masculine, celle qui sent la sueur, le rire gras et la claque dans le dos, faisant une croix définitive sur le concept même du mâle dominant débordant de testostérone et rotant sa bière, et posant un mouchoir sur la fierté traditionnelle du sexe dit fort élevé à la guerre et aux carnages en tout genre, je m’abandonne donc une nouvelle fois entre ses mains, mais d’une façon différente cette fois-ci.

C’est donc avec une lueur gourmande dans l’œil que la Femme saisit une pince à épiler et s’approche de ma pilosité de son pas léger que seul un corps athlétique tel que le sien permet de maîtriser. Elle est contente, elle n'a jamais eu de si grosses poupées. Même si je porte la barbe (en hommage à Nitchez… à Nietzech.. à Niztesche.. à Corbier*), je ne suis pas très velu. La première étape est de me mettre hors d’atteinte du syndrome dit d’Emmanuel Chain en arrachant les poils naissant entre mes sourcils, puis d’éradiquer les quelques poils esseulés sur mon dos.

Premier constat : j’ai, paraît-il, le bulbe obèse, nourri par de nombreuses années de friche, ça fait donc un mal de chien. Mais vraiment, hein. C’est les dents serrées que j’affronte courageusement les premiers arrachages sauvages, me tenant droit et bombant le torse face à cette douleur épouvantable, malgré les larmes de sang qui me montent aux yeux. Pour les derniers, la Femme devra user de subtils stratagèmes à base de faveurs sexuelles que j’attends toujours pour me faire sortir de sous le canapé.

La suite sera plus douce, dieu merci. Au menu : masque à l’argile rose pour désincruster les pores, gommage à la papaye pour ôter les peaux mortes suivi d’une crème hydratante au même parfum. A la fin de la séance, je décide de flatuler bruyamment pour me rassurer sur ma masculinité en danger.

Et c'est quand je pense que tout est enfin fini que je remarque une odeur étrange, comme si quelqu'un faisait bouillonner de la cire, ainsi qu'un rictus sadique sur le normalement si doux visage de la Femme...

To be continued.

*Oui chère Jerry, je sais que Nietzsche ne portait en fait que la moustache mais tout le monde sait écrire Platon, même moi, la blague n’aurait donc pas été crédible.

- Posté à 09:42 -
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jeudi 16 août 2007

Ma vie avec Madame Propre

Attention, la ressemblance n’est pas au au niveau esthétique hein, la Femme n’a pas la coupe de cheveux de Yul Brynner ni des bras de nageuse chinoise, mais disons qu’elle est pour le moins pointilleuse sur le rangement et l’hygiène en général.

Je ne parle pas de ses nombreuses interpositions entre la télé (avec AB Moteurs dessus) et le canapé (avec moi dessus) pour nettoyer la table basse tachée par le verre que je viens de poser, ça toutes les femmes le font. C’est génétique. Vous voyez la chromatide en plus sur la 23ième paire de chromosomes des caryotypes féminins ? Le XX à la place du XY masculin ? Et bien c’est là où réside le gène de l’interposition télé/canapé, à côté de celui des seins.

Non, je parle plutôt de certains détails. Par exemple, rappelez-vous notre virée à Ikea et ses maudites étagères. Nous étions accompagnés pour l’occasion par deux agréables compères, Grenouille et Flammèche. Alors que nous passions à côté des lits en démonstration, ces derniers d’humeur frivole se jètent promptement sur l’un d’entre eux pour faire des choses que la morale et le droit français réprouvent. Une fois nos deux tourteaux relevés, que vois-je de mes yeux ébahis ? La Femme qui passe derrière pour… rabattre un coin de la couette chamboulée puis passer amoureusement une main dessus pour en lisser les plis. Oui, elle est comme ça ma chérie, elle refait les lits dans les magasins. Si je ne l’avais pas retenu, je pense qu’elle aurait passé le plumeau sur les meubles avant d’aller laver les voitures dans le parking.

Mais le pire est arrivé hier. Prise d’une fièvre culinaire, la Femme se lance dans la fabrication de madeleines au Nutella. J’aime ce genre d’initiative. Puis elle amène le produit de son labeur jusqu’au canapé, où je suis élégamment assis, la bave aux lèvres et proche de l’inanition depuis qu’une envoûtante odeur de chocolat a envahi l’appartement. Et miam, miam, c’est l’heure de la dégustation. Quand tout à coup…

Je la vois. La miette. L’horrible miette.

Perchée encore en haut de la madeleine que j’ai en main, elle penche dangereusement, ne tenant à la paroi que par quelques micro grammes de sucre. Et c’est l’accident, elle se détache devant mes yeux éberlués. Tout se passe alors au ralenti. Newton ayant raison, la miette kamikaze se précipite vers le sol recouvert ici d’un tapis (rouge à motifs noirs, très beau, j’aime bien, même s’il brûle les genoux) fraîchement aspiré. Je suis pétrifié devant ce terrible spectacle et les cruelles représailles qui en découleront, comme un lapin immobile dans le halo des phares d’une voiture. Rien ne semble maintenant pouvoir s’interposer pour stopper cette chute fatale.

Rien ?

Une main que je connais bien, douce et délicate mais aussi rapide que l’éclair, vient l’attraper au vol, telle une langue de caméléon qui fouette l’air pour attraper la mouche insouciante. Stupeur. Et même, peur. Devant mes yeux écarquillés et ma mâchoire pendante, la Femme hausse les épaules après avoir délicatement glissé la miette cascadeuse entre ses lèvres pulpeuses. « Cela fait déjà plusieurs minutes que je l’avais repérée ».

C’est tout simplement effrayant.

- Posté à 11:58 -
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lundi 13 août 2007

Pigeon vole

J’ai la honte cabotine. C’est à dire que j’ai toujours besoin d’un public fourni pour réaliser une cascade improvisée. La dernière en date (avant samedi dernier) date de l’année dernière. Marchant d’un bon pas près de Gare du Nord, je devisais gaiement avec un ami car oui, je ne rechigne pas à deviser et gaiement de préférence. Alors que nous longions une file de voitures qui patientait à un feu rouge, toutes vitres ouvertes par cette chaude journée d’été, je n’ai pas vu le danger arriver. Un mètre de hauteur, de couleur noire et surmonté d’une grosse boule, non il ne s’agissait pas de Giant Coocoo revenu d’entre les morts mais d’un poteau dont l’utilité classique est d’empêcher les voitures de se garer sur les trottoirs, pas d’attenter lâchement à mes capacités reproductrices.

Car l’impact se situe au niveau de ma braguette. Plein cadre. Mes pupilles se dilatent, je me courbe légèrement, la douleur est vive.

Normalement, dans ce genre de situation, le premier réflexe est de masser délicatement la zone du choc. Mais évidemment, à part une petite fille endormie sur la banquette arrière de la R14 beige, aucun des occupants des voitures toujours au feu rouge n’a loupé une miette du spectacle. J’entends même pouffer. « Qu’est-ce qu’il a, le monsieur tout rouge ? » demande la petite fille de la R14 maintenant réveillée. Que faire dans ce genre de situation ? La larme au coin de l’œil et les dents serrées, je décide de fuir rapidement, ma fierté sous le bras et les couilles en vrac, même si le choc de mes cuisses galbées sur ma virilité est maintenant une torture.

Un an passe. Je vais mieux.

Nous sommes samedi matin, il est 13h30. Refusant de rester sur un échec avec ces osties de tabernacle de calice de saint ciboire d’étagères, je décide de m’équiper. De gants, pour protéger mes mains douces dont la caresse est réputée jusqu’à Sainte Agathe la Bouteresse. C’est donc d’un pas léger mais décidé que je me dirige vers le Castobrico du coin. Au moment de passer à côté de la terrasse bondée d’un café, ma vision s’obscurcit d’un coup, suivi d’un très léger choc, comme si on venait de me mettre un coup de polochon sur le nez. Je fais un pas en arrière.

Restons calme, cette cécité subite ne peut être due à mon diabète crevant le plafond, la soirée Nutella à laquelle je dois participer n’ayant lieu que le soir.

La lumière du jour revient. A un mètre devant moi, un volatile gris sale se remet sur ses pattes, sautille puis s’envole à nouveau. Je viens de me prendre un pigeon dans la gueule. Mais bordel, à qui ça arrive ça ? Se faire beurrer le cuir chevelu à la fiente, ça ok, c’est classique, mais stopper un emplumé en plein vol ? La foule sur la terrasse ondule, ma paranoïa semble distinguer quelques rires, des applaudissements timides et peut-être même un début de ola mais je n’ose pas regarder. Utilisant ma technique déjà éprouvée, je m’enfuis à grandes enjambées, l’air de rien.

Une fois revenu chez la Femme, après un long détour pour éviter le café et un gommage du visage à la paille de fer, je parviendrai à démonter l’étagère en pente avec mes nouveaux gants très seyants. Mais pas à la refixer. Je pense que le problème vient de la perceuse, je ne vois pas d’autres explications.

- Posté à 12:38 -
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vendredi 10 août 2007

Elle est marrante, la Femme

Elle croit que pour me rendre fou, elle doit tout maîtriser. Coiffure impeccable, maquillage parfait, vêtements près du corps, sous-vêtements affriolants, posture cambrée, sourire en coin provocateur et regard coquin. D’accord, il serait malhonnête de dire que ça ne me plaît pas, j’ai beau être exceptionnel, je n’en reste pas moins homme. Et pourtant…

Le matin, le réveil sonne toujours pour moi. Je me glisse discrètement hors du lit tiède pendant que la Femme termine sa nuit. Je fais ma toilette, je m’habille et invariablement je viens l’embrasser avant de partir. Je l’appelle doucement… De sous un oreiller émerge une petite tête toute décoiffée, les yeux encore gonflés de sommeil, comme un chaton qui vient de naître. Elle se débat dans la couette et rampe maladroitement jusqu’au bord du lit dans son pyjama froissé, les lèvres tendues, tordant le cou pour avoir son bisou.

C’est à ce moment précis qu’elle me fait le plus fondre, qu’elle me rend complètement dingue, qu’elle fait battre mon cœur le plus vite et qu’il est le plus difficile de la quitter. C’est alors un véritablement déchirement de devoir partir au boulot plutôt que d’arracher tous mes vêtements, de me glisser à nouveau dans le lit et de la serrer contre moi.

- Posté à 13:48 -
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mercredi 8 août 2007

Dans quel état j'ère ?

Je sentais cette menace m’observer, tapi dans l’ombre des rayons de ce temple du prêt-à-meubler suédois. La Femme faisait semblant de rien, sifflotant d’un air détaché. La sournoise a bien tenté d’endormir ma vigilance en choisissant 18 plantes vertes et une palette de bougies parfum câpres/tequila, mais mon instinct ne me trompait pas. Au détour d’une gondole, je la vois s’emparer promptement de deux étagères et les glisser subrepticement dans le caddy. De grosses étagères rouges. Des Quikëfluk.

Ma lèvre inférieure tremble. Les poils de mes bras se dressent. Mes testicules remontent. L’angoisse se lit sur mon normalement si doux visage.

Travelling avant sur les rides de mon front crispé et flou artistique (oui, c’est un flash-back).

Je suis étudiant. Je suis jeune et beau. Ma mère, qui me donne parfois l’impression de me détester, vient de m’offrir la collection complète en 57 volumes de Lagarde et Michard. Un problème évident fait vite surface : où est-ce que je vais pouvoir caser tout ça dans mon studio de 20m² ? « En les mettant sur des étagères, pardi, mon poussin ! » Dit ma génitrice dans un haussement d’épaules. S’en suit quelques heures de boulot intense, dont le résultat sera deux énormes étagères vaguement horizontales grinçant sous le poids des livres, le tout surplombant mon lit. Epuisé par tant d’effort, c’est sans crainte que je m’endors sous cette lourde épée de Damoclès.

Quelques heures plus tard. Il est 2h du matin, par une nuit sans lune. Je viens de prendre deux planches sur le coin de la figure, suivies de près par 400 ans d’histoire littéraire. Aïe.

Il y a des fois, je vous jure, on préfèrerait être né dans un pays de sauvages illettrés sans grands auteurs. Comme la Suisse, par exemple, sans vouloir cafter.

Cette nuit là tout en massant vigoureusement mon crâne endolori, je ferai la promesse solennelle, sur la tête de mon ficus et une main sur le cœur, de ne plus jamais fixer quoique ce soit sur quoique ce soit. Le ciel se déchire, la foudre tombe, le pacte est scellé.

Flou artistique et travelling arrière sur les rides de mon front crispé (oui, c’est la fin du flash-back).

Vous voyez, il y a 800 000 ans, la femme de Neandertal attendait que son mari lui ramène le soir de l’échine de phacochère laineux. C’était simple, c’était bien, surtout quand on sait que le phacochère laineux n’avait pas de patte, ce qui rendait sa chasse des plus aisées. Mais entre temps, la femme a découvert le chemin du Franprix et il faut donc que le mâle démontre son utilité et donc sa virilité d’une façon différente. Fixer des trucs lourds aux murs, par exemple. Impossible donc de me défiler, ma virilité était en jeu.

Je suis maintenant au pied du mur. Littéralement. J’ai en main (moite) une perceuse énorme, symbole phallique par excellence, et je m’apprête à dépuceler une pièce de maçonnerie qui n’en demande pas tant.

Tout s’était joué quelques minutes auparavant. Le « tu me fileras un coup de main pour les accrocher ? » s’était transformé en « tu peux le faire tout seul pendant que je modifie la présentation de ton blog ? ». La vicieuse. La perverse.

Tout à coup, quelqu’un s’était emparé de mon corps et avait dit avec aplomb à travers ma bouche purpurine :
« A vue d’œil, c’est de la briquette de Bruges avec du ciment de chez Simon Cussonnet (Toreyl, Eure), passe-moi juste le foret de 8, poulette, ça va pas faire un pli. »
Clin d’œil complice et tape sur le cul, le beauf dans toute sa splendeur.

Cinq vis sont nécessaires pour fixer chaque étagère. Les quatre premiers trous se font sans problème, le cinquième est lamentablement foiré. Pas assez profond, la cheville dépasse de 3 millimètres. Trop court pour pouvoir la retirer avec des pinces, évidemment. Coup d’œil par dessus l’épaule, la Femme n’a rien vu, tout n’est pas encore perdu. Je décide tout de même de suspendre l’étagère. Elle est parfaitement horizontale. Mais elle penche dangereusement vers l’avant, ce qui ne manquera pas de précipiter dans le vide et vers une mort certaine le moindre bibelot qu’on osera poser dessus. Ce qui, je le concède, est gênant.

Il est temps que ma mauvaise foi vienne au secours de ma fierté en danger, d’autant que la Femme vient de se douter qu’il y a un truc qui cloche et s’est approchée de mon oeuvre.

« Le mur est concave de deux dioptries. Bordel !
Si tu crois que c’est facile avec la lumière dans le dos. Merde !
Je le connais pas, ce matos. Putain !
Me demander ça après une journée de 8 heures de boulot intense. Fais chier ! »

Pour ajouter l’insulte à l’injure (et inversement), je me retire 1cm² de peau sur le gras du pouce en voulant démonter le foret de la perceuse. Il est temps de jouer la grande scène de l’acte VIII.

J’envoie tout valdinguer et je vais rageusement m’asseoir dans le canapé, en grommelant que plus jamais on m’y reprendra, que la seconde étagère elle peut se la carrer où elle veut et que si elle n’est pas contente c’est pareil. Habituée à ce genre de coup d’éclat, la Femme, patiente, me laisse bouder dans mon coin, après deux ou trois « c’est pas grave » de rigueur. Je finis comme d’habitude par me calmer quelques minutes plus tard et venir piteusement me coller à elle.

Ce matin, au réveil, l’étagère toboggan était toujours fixée au mur. Je fais des progrès déjà, c’est bien.

- Posté à 11:00 -
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mardi 7 août 2007

ça vous plaît ? C'est moi qui l'ai fait !

On m’a dit « sympa ton blog, mais il est super moche, on dirait celui de Gauthier ».

Certes, mais mes études d’informatique me paraissaient bien trop lointaines pour taper direct dans le code pour en faire une oeuvre d'art. C’était sans compter l’aide de la Femme. Car la Femme sait tout faire (et bien en plus): accrocher des étagères, la cuisine, l’amour, du vélo, la gueule et parler le HTML sans accent. D’une patience à toute épreuve, elle s’est donc pliée avec souplesse, comme à son habitude, à mes idées les plus tordues, même si certaines faisaient fausse route ou s’avéraient parfois finalement de mauvais goût. Et vous avez aujourd’hui le résultat sous vos yeux ébahis, fruit d’une soirée d’intense réflexion, durant laquelle quelqu'un aurait ronflé bruyamment pendant que quelqu'un d'autre s'abîmait les yeux et le dos, courbé sur son écran.

Oui, vous ne saviez pas que tant de beauté était possible et c’est d’une main fiévreuse que vous cherchez maintenant dans les pages jaunes le numéro de téléphone de l’UNESCO pour en faire la 8ième merveille du monde.

Comme je vous comprends. Mais patientez encore un peu, il n'est pas totalement terminé.

- Posté à 11:13 -
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lundi 6 août 2007

Vélib/grand-mère, mamy gavante

On a l’esprit low rider ou on ne l’a pas. Même en Vélib. Hier soir donc, la Femme et moi décidons de profiter du semblant de fraîcheur qu’apporte la nuit tombante pour tenter l’expérience parisienne à la mode du moment. Après avoir lutté quelques minutes pour comprendre comment ça marchait, nous voilà tout deux pourvus d’une monture. Selle au plus bas, le sac de madame en bandoulière « parce que ça me déséquilibre » - alors que moi, c’est bien connu, j’ai été livré avec un gyroscope interne- j’adopte une position laid back bras en l’air, en même temps qu’un air absolument détendu. La classe hip hop. Même si les premiers mètres ont été un peu laborieux. D’abord parce que ça faisait des années que je n’avais pas chevauché une petite reine, et ensuite parce qu’un Vélib, il faut le savoir, ça pèse le poids d’un âne mort d'obésité. Ce qui fait qu’à basse vitesse, ça guidonne quelque peu.

« Hey ho, tout doux, Jolly Jumper ! ».

Et puis un conseil, à part si vous avez en tête de monter en danseuse au Sacré Cœur, restez en troisième, les rapports inférieurs vous faisant mouliner comme un ventilateur dopé.

A nous trois, Paris. J’ouvre le chemin parce que je suis l’homme, direction Bastille via les pistes cyclables. Un air coquin remonte dans mon bermuda, c’est frais, c’est agréable. Après quelques arrêts aux feux rouges afin d’attendre la Femme qui avance vaillamment, droite sur sa selle chanceuse, ses longs cheveux sombres battant au vent, la cuisse ferme et galbée par des heures de sexe torride actif sur ma personne, après quelques arrêts aux feux rouges donc, nous voilà arrivés à Bastille.

Décidant de monter sur les trottoirs afin de ne pas affronter le trafic fourni du rond-point, je vois, à quelques mètres devant moi, un être humain de type mémé faisant tournoyer son parapluie au dessus de sa permanente. Bing, sur mon Vélib.

« Mais vous ne pouvez pas rouler sur la route, maudit beatnick ? »

D’habitude, mon flegme qu’on peut qualifier de britannique fait que je reste calme en toute circonstance. Sauf si bien sûr on se sert dans mon assiette sans demander, parce qu’il ne faut pas déconner quand même, il y a des limites à ne pas dépasser. Mais là, il semblerait que quelqu’un de pas très poli ait gueulé « va te faire foutre, vieille pute », et il se pourrait que ce quelqu’un soit moi.

J’avoue, j’ai honte, je n’aurais pas du la tutoyer.

- Posté à 14:24 -
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