Mais qui est-il ?

Mon contact à Washington me dit qu’on n’a pas affaire à un élève mais qu’on a affaire au professeur. Quand l’armée monte une opération qui ne doit pas échouer, c’est à lui qu’ils font appel pour entraîner les troupes, d’accord ? C’est le genre de type qui boirait un bidon d’essence pour pouvoir pisser sur ton feu de camp. Ce mec-là, tu le largues au Pôle Nord, sur la banquise avec un slip de bain pour tout vêtement, sans une brosse à dent, et demain matin tu le vois débarquer au bord de ta piscine avec un sourire jusqu’aux oreilles et les poches bourrées de pesos. Ce type-là est un professionnel.

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mercredi 26 septembre 2007

Rage dedans

Il y a des moments, je me fais peur, des moments où de puissants accès de violence me saisissent et me feraient faire un carnage parmi mes congénères à portée de mains et de pieds, sans prendre de prisonniers. Heureusement pour la face du monde et celle des passants, ces fureurs impromptues sont à chaque fois étouffées dans l’œuf. Je serre les dents, je regarde ailleurs, et ça passe.

Mais aujourd’hui, on a frôlé le fait divers alors qu’on vient pourtant à peine de rentrer dans l’automne, rendez vous compte.

Tout commence à l’arrêt Franklin Roosevelt, où j’affronte la foule pour tenter de passer de la ligne 9 à la ligne 1. Dans ce long couloir se trouve à chaque fois un musicien, voire un groupe, qui change fréquemment. Cette fois-ci, c’était un accordéoniste qui jouait des classiques de la chanson française, comme les Roses Blanches ou Flip-Flap.

Il faut dire en préambule que j’abhorre l’accordéon. Les bruits allant du distordu au strident de ces soufflets de cheminée à peine améliorés franchissant le pavillon de ma délicate oreille feraient presque passer un touché rectal au gant de crin ou un désorbitage oculaire à la fourchette à huître pour une douceur aussi raffinée qu’enfouir son nez dans les petits cheveux naissants et délicatement odorants de la nuque de la Femme. Et c’est pas peu dire, vous pouvez me croire.

Au moment de dépasser le triste saltimbanque et son flatulent instrument, je marche de mon pas d’athlète derrière un couple qui, bien que présentant des traits asiatiques, semblait aussi français que vous et moi. Toujours est-il que le bruyant crût bon, voire même spirituel, d’entamer à leur passage quelques notes chinoisantes qui, à part lui, n’amuseraient que Michel Leeb. Et encore. Alors d’accord il est pauvre, mais ça ne l’oblige pas non plus à être con et l'idée m'a effleuré de lui caler une tarte à la volée sans un mot et sans m’arrêter, parce que mon métro arrivait.

De l’autre côté de l’horizon financier, ce n’est pas mieux, comme je le découvrirai sur le chemin du retour. Mercredi midi, l’adolescent du 16ième est libéré. Mais que fait la police ? Ils grouillent de partout, montrant sans complexe leurs visages ingrats et criblés par une puberté sans pitié, dont seul le voile pudique d’une frange ridiculement longue pour certaines semble vouloir épargner la vision aux spectateurs malchanceux. Quand ils ne portent la crête figée au gel alors qu’ils sont persuadés que Sid Vicious est un catcher de la WWF, les éléments masculins adoptent de leur côté un style capillaire type « saut du lit » souvent spectaculaire. Passer probablement des heures devant une glace pour paraître au final parfaitement négligé est un concept qui me dépasse sans mettre son clignotant. Mais cette pollution n’a sûrement pas pour ambition de ne demeurer que visuelle, oh non, elle en veut aussi à vos oreilles. Outre les gloussements et autres ricanements propres à l’âge, la technologie leur offre d’autres moyens d’envahir votre univers sonore par le biais de téléphones portables poussés à fond offrant des versions cryptées de l’ultime Bob Sinclar ou même, pour les plus masochistes auditifs, du dernier Vitaa. Avec deux AA, comme dans « Absolument Atroce » ou « A Abattre ». Il ne m’étonnerait d’ailleurs qu’à moitié que sa prochaine bouse radioactive soit sur fond d’accordéon.

Des envies de bagarres générales montent alors le long de ma colonne vertébrale, à base de descentes du coude depuis le strapontin, de coups de la corde à linge ou de souplesse arrière rotative. Jusqu’ici, je me contiens, mais qu’arrivera t’il si l’un d’entre eux dépassent les bornes humainement acceptables ? J’aime autant prévenir, si j’en surprends en train ne serait-ce que d’esquisser quelques mouvements de tecktonic en pleine rame bondée, je ne réponds plus de rien, j’ouvre la boîte de Pandore, je déchaîne les flammes de l'enfer et je lâche les chiens. Ce jour-là, je le promets, je coincerai la tête engluée de l’intéressé entre les portes du métro se refermant pour lui savater à l’envie les poches arrière de son jean’s slim à la Vans old school entre La Muette et Rue de la Pompe.

- Posté à 14:33 -
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vendredi 14 septembre 2007

Vestiaire, T-shirt demain

Pour la séance de sport d’hier soir, j’avais décidé de faire un grand pas. J’avais repoussé l’épreuve au maximum, mais au bout d’un moment il fallait faire preuve de maturité en cessant ces enfantillages et enfin affronter… le vestiaire.

Jusqu’ici, j’arrivais directement en tenue de sport avec ma serviette sur l’épaule et une bouteille d’eau à la main, l’appartement de la Femme ne se situant qu’à une centaine de mètres de là, je faisais mes exercices et je rentrais ensuite prendre ma douche tranquillou à la maison. Déjà au collège, l’idée de me doucher à poil devant les autres à la fin du cours d’EPS me donnait presque des bouffées d’angoisse, avoir fait ma scolarité aux Antilles, où le port de la trompe d’éléphanteau est de rigueur dès 15 ans, n’y étant pas étranger.

Ou alors, je suis pudique et coincé, c’est possible aussi : la trop grande proximité de ces pénis obscènes battant au vent et de ces culs poilus, cette virilité excessive affichée, avec coups de serviette humide bouchonnée sur le derrière et débat enflammé pour savoir si c’était la petite blonde sur le tapis de course de gauche qui avait l’air de mieux pratiquer la fellation ou la grande brune au stepper, l’énumération des performances de chacun (« ha ha, t’as fait que 20 développés couchés avec une barre de 50kg, Paulo, grosse tarlouze ! »), tout ça m’indispose et me met mal à l’aise.

Mais vu le tarif exorbitant de la cotisation et la volonté logique qui en découle de profiter le plus possible de toutes les installations mises à disposition, j’ai voulu affronter mes vieux démons. Sac de sport en bandoulière, c’est d’une main maladroite que je pousse la porte ornée d’un « tirez ». C’est un début difficile.

Première constatation, ça sent le vestiaire. Jusqu’ici, rien d’anormal me direz-vous, les effluves de chaussettes tièdes étant une composante indissociable de ce genre d’endroit. J’ignore cordialement les présences humaines autour de moi présentant une surabondance de chair en exposition, je fonce vers un casier libre le plus à l’écart possible, me change en quatrième vitesse et ressort aussi vite, toujours avec mes oeillères virtuelles. Jusqu’ici tout va bien.

565 calories perdues plus tard, je regagne les vestiaires en prenant mon courage à deux mains. Plutôt que de me pavaner nu comme un ver jusqu’aux douches comme cela semble être la coutume locale, j’opte pour la serviette pudique nouée à la taille. Je passe à côté des grands miroirs où l’un de ces Apollons se contemple en train de se déshabiller et j’arrive enfin à l’endroit maudit. A ma gauche, je compte huit cabines, toutes occupées, isolées les unes des autres par une planche symbolique et évidemment sans porte. A ma droite trois autres, vides, elles. Le regard dans le vide, ma paranoïa m’informe que tous les yeux sont braqués sur moi. Evidemment, j’opte pour une des cabines libres, bien content d’être isolé des autres, je me tourne vers le mur, inspire un grand coup et enlève ma serviette.

J’aurais du me douter du coup fourré.

Pendant la seconde qui s’écoule entre celle où j’appuie sur le bouton et celle où l’eau vient frapper mon torse de plein fouet, je lève la tête vers la pomme de douche et je remarque une inscription. C’est écrit « douche froide ». Mes yeux s’écarquillent, mes poings se serrent. Trop tard.

Quelques instants auparavant, mon vélo elliptique indiquait que mon rythme cardiaque oscillait autour des 160 pulsations par minute. Quand les premières gouttes glacées courent sur ma peau, mon souffle se coupe subitement. Evidemment, une fierté des plus stupides assortie d’une peur imbécile du regard goguenard des autres face à ce que j’imagine être le piège classique du newbie fait qu’il est non seulement hors de question de reculer promptement en hurlant de façon suraiguë, mais que je réappuie une seconde fois sur le bouton pour bien montrer que j’adôôôôôôôôre les douches gelées. Coup de bol, mon cœur tient le coup.

Muscles tétanisés, je rejoins ensuite mon casier, la taille à nouveau entourée de ma serviette et serrant les dents pour ne pas les laisser claquer. Allant à contre-courant de la tendance générale qui consiste à mettre d’abord sa chemise plutôt que son slip, tout en discutant longuement avec son voisin avec, en option, un enfilage de chaussette le pied posé négligemment sur un banc, je commence plutôt par mon caleçon glissé sous ma fidèle serviette.

La dernière épreuve de la journée sera ensuite de nouer mes lacets assis sur un banc, avec un cul, et son sourire vertical, qui me regarde à 30cm de mon visage. Retrouver ensuite la Femme à la sortie sera une véritable délivrance, même si elle a toujours tendance à s’esclaffer plus que de raison au récit de mes aventures minables qui rythment malheureusement mon quotidien.

- Posté à 13:30 -
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vendredi 7 septembre 2007

Paris gagné

Chers lecteurs, on vous ment. Depuis des années, les médias tentent de vous faire rentrer dans le crâne des informations fausses. Pourtant, sachez-le : Elvis est mort noyé dans son cholestérol, l’être de Roswell est une marionnette du Bébête Show égarée et c’est la CIA qui a mis HS JFK; AKA le PDG des USA, à coups de MP5 dans sa BMW CC sans ABS. CQFD. Mais cette campagne d’honteux mensonges va même plus loin. Elle dépasse même parfois les limites de l’horreur dont on pensait capable le genre humain qui n’est pourtant pas le dernier pour inventer de nouvelles saloperies.

Oui, d’odieuses personnes, forcément mal intentionnées, à la solde probable du club des heureux payeurs de l’impôt foncier à la recherche de nouveaux membres, tentent de vous persuader que trouver à louer à Paris un appartement mignon, pas cher et dans un arrondissement sympa est une mission proche de l’impossible. Et en septembre, c’est du suicide, vous êtes fou jeune homme, ah ah je me gausse. Il y en a même parmi ceux-ci des êtres encore plus démoniaques qui, croyez-le si vous le voulez, n’hésitent pas à en faire le thème de leur blog. En d’autres temps, quand on savait faire régner l’ordre sans mettre les coudes sur la table, ils auraient fini fusillés, pendus sur un bûcher. Ce n’est pas mon genre de balancer, mais ce sont eux, qui, de plus, cachent leurs travers pervers sous une apparence de petit couple tranquille et souriant à qui on donnerait le bon dieu sans confession. Les vicieux.

Je dis non.

Hier matin, lassé de mon logis banlieusard et du Transilien toujours en retard, j’ai pris pour la première fois connaissance d’une annonce pour un délicieux appartement qui me satisfait en tout point : surface, agencement intérieur, loyer, voisinage, rue, proximité du métro, des commerces et de la Femme. Hier soir, je suis allé le visiter, nous nous sommes plus l’un l’autre, j’ai donc rassemblé les pièces nécessaires à mon dossier dans la foulée. Ce matin je me suis rendu à l’agence immobilière qui en a la responsabilité pour le déposer et 20 minutes plus tard, on m’annonçait qu’il était accepté et que je pouvais emménager à partir de vendredi prochain. Durée totale de cette affreuse galère qu’on me décrivait ? 24 heures. Les doigts dans les nez et les mains dans les poches.

C’est tout ce que j’ai à dire à ce sujet, je vous en laisse tirer les conclusions qui s’imposent. HA !

- Posté à 14:41 -
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mercredi 5 septembre 2007

Sweat baby, sweat

Tout a commencé cet été alors que je rissolais sur une plage espagnole dans mon slip de bain Adidas aux côtés de ma tendre mère. Soudain celle-ci se redresse et me regardant par dessus ses lunettes de soleil s’exclame « ça serait vraiment bien que tu te remettes à faire du sport, tu en as besoin ».



Bien sûr, la remarque maternelle n’avait rien de méchant, elle voulait juste dire qu’il serait bien pour ma santé que je trouve le temps de faire du sport de façon régulière. Parce que ma mère m’adore, je ne vous l’ai jamais dit, elle pense que je tutoie la perfection et est persuadée en toute modestie d’être une artiste pour avoir réalisé un chef d’œuvre tel que moi.

Mais le mal était fait, j’avais déjà l’impression d’être un cachalot échoué sur le sable, un steak cuisant dans son gras. Je sais bien que je traîne depuis plusieurs mois quelques kilos de trop faisant fondre mes tablettes de chocolat, un régime alimentaire composé exclusivement de kebabs, de sandwichs jambon/ fromage de chèvre ou bo buns le midi, et de Pringles, de pâtes à la HP sauce et de guacamole le soir y étant peut-être pour quelque chose. Tout comme mon activité physique, qui, à part nos quotidiennes séances de gymnastique amoureuse avec la Femme, se résume à quelques footings de temps en temps. Quand il fait beau. Et chaud. Mais pas trop, sinon je transpire.

De retour en région parisienne, j’étais donc décidé à me faire violence et j’en fais part à la Femme, qui est déjà inscrite dans une fameuse chaîne de centres sportifs, son corps de rêve n’étant pas, comme beaucoup semblent le penser, un simple don de dieu. Malgré un tarif à l’année approchant le prix d’un rein d’enfant blond, c’est d’un pas léger malgré ma corpulence que je me joins à elle dimanche dernier, une serviette sur l’épaule et un short sur le derrière, pour une séance d’essai.

Arrivé sur place, je découvre un endroit infesté de sportifs. Des vrais, des purs, des durs, des qui se regardent marcher dans les miroirs dont sont recouverts les murs, des qui expirent fort et de façon très saccadée en plein effort et en grimaçant de préférence. Le muscle saillant, la démarche virile, le poil brillant, les auréoles dégoulinantes. Nous décidons de commencer par faire du vélo elliptique. Si comme moi vous assimiliez cet objet à un instrument de torture datant de l’Inquisition sans savoir vraiment à quoi ça ressemblait, il permet en fait de reproduire le mouvement que vous pourriez faire en pratiquant du ski de fond, sans pour autant devoir porter des moufles à pompons. De la toute dernière technologie, ils surveillent de près votre rythme cardiaque tout en vous informant de la distance virtuellement parcourue et du nombre de calories que vous perdez. Après quelques minutes à mouliner maladroitement dans le vide en espérant ne pas faire trop de bruit si jamais je tombais, je commence à prendre mes marques et à me concentrer sur mon effort avec la Femme à mes côtés, légère comme une gazelle quand je suis déjà rouge pompier. « C’est parti pour une demi heure ! » lance t’elle. Ah oui quand même. La tête dans le guidon, je vois le compteur de mes calories perdues augmenter petit à petit. Quand, essoufflé comme un asthmatique enrhumé, ma douce donne le signal de la fin, j’ai perdu un peu plus de 500 calories, soit presque un Big Mac, plutôt encourageant.

La Femme en ayant assez pour aujourd’hui, nous décidons de nous retrouver à la sortie quand elle se sera changée, la coquette. En attendant, je me dirige vers un rameur pour me finir. Le dernier disponible se trouve à côté de l’un d’entre Eux. Eux, les sportifs. Alors que je commence déjà à ramer, celui-ci est en train de remettre au mieux les straps qui retiennent ses baskets toutes neuves. Visiblement, c’est un réglage de précision qui ne tolère pas l’erreur et qui nécessite un affinage supplémentaire après quelques essais. C’est quand il commence à fixer méchamment son reflet dans le miroir à un mètre devant lui que je devine que ça y est, il est prêt, et que ça va chier des bulles carrées, écartez-vous mesdames et messieurs, attention aux enfants. Après quelques secondes de chauffe dans un rictus parfaitement étudié, il atteint sa pleine vitesse, me donnant l’impression d’être un Zodiac de secours à côté d’un off shore de compétition.

Le problème est que les manches de son T-shirt forment une sorte de soufflet expulsant les odeurs de ses aisselles vers mon visage. A vue de nez, j'aurais plutôt dit qu’il faisait du rameur depuis trois semaines et non trois minutes, une véritable croisière en canoë kayak sur le tout à l’égout d’un bidonville de New Delhi à lui tout seul. C’est donc avec soulagement que je vois mon voisin terminer son effort, respirant toujours bruyamment avant de se lever et faire trois fois le tour de la salle en secouant les cuisses.

Alors que je continue à ramer avec conviction dans mon petit coin, la main douce de l’être chéri se pose sur mon épaule, signal du départ. Est-ce que j’ai aimé ? Oui, le mélange de sport et de spectacle ininterrompu est très distrayant. Est-ce que je m’abonne ? Oh oui, la prochaine fois, nous assisterons tous les deux à un cours de culture physique. Je pense que cela me donnera sans peine matière à écrire.

- Posté à 14:53 -
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