Je me disais bien que ce n’était pas normal d’avoir des fesses si rondes surlignées de fossettes, depuis le temps qu’on me serine que j’ai un magnifique fondement. Combien de fois ai-je entendu « on est content quand tu arrives, et encore plus quand tu repars », excuse évidente, vous en conviendrez comme moi, pour me voir de dos, ou « merci beau cul », à moins que mon ouïe ne me joue des tours, car l’ouïe est chafouine, quand elle ne fait pas de la brocante.
Mon ostéopathe, le docteur Aubeur, me l’a donc confirmé : je suis trop cambré. Il a ajouté que j’avais des disques tassés et un dos à la musculature étrangement inégale. « On dirait un maçon, vous portez souvent des charges lourdes ? ». « Non ».
En fait, si. Je suis en effet l’inventeur et l’unique testeur d’une technique révolutionnaire dite de « musculation passive » mise au point en collaboration étroite avec le CNRS d’Oulan Bator, frère de Al. Le principe est simple et à la portée de tous, même de toi : il consiste à se procurer un sac de type à dos, à le charger ras la gueule pour qu’il atteigne le poids d’un chiot Saint-Bernard, et à devinez quoi, oui, le mettre sur ses épaules pour qu’il nous accompagne dans tous les déplacements quotidiens. Ainsi lesté, votre corps travaille plus et votre musculature se développe. Théoriquement. Au passage par contre, ça vous flingue visiblement le dos.
Pour tout vous dire, la genèse de cette technique trouve sa source dans ma capacité limitée à mettre de l’ordre dans mes affaires personnelles. Après avoir perdu de nombreux papiers importants, j’ai décidé de tous les mettre au même endroit. Et pour avoir un moyen mnémotechnique infaillible, mon sac à dos me paraissait être le lieu idéal. Mon diplôme du bac ? J’ai. Mon contrat de travail ? J’ai aussi. Le problème est que la notion de « papiers importants » s’est émoussé avec le temps. Le calendrier des marées de Quimper ? J’ai. Le Télé Loisirs de la semaine du 15 au 21 juin 96 ? J’ai aussi.
La morale est donc la suivante : la prochaine fois que vous vous régalerez les yeux en contemplant ma chute de rein, vous saurez que, quelque part, c’est aussi grâce à une facturette du péage de Macon franchi en 2002.