Certains aiment la pêche à la mouche d’autres le curling rythmique et sportif. Moi ce que j’adore faire, c’est déménager. C’est bien simple : dès que je trouve une occasion de porter à bout de bras des cartons remplis exclusivement de livres, je me précipite. S’il faut descendre par des escaliers en colimaçon une machine à laver non vidangée (pour donner un petit côté Intervilles sans la vachette), je me porte volontaire. Et si en plus, la camionnette est garée au carrefour suivant, en double file devant une voiture aux vitres embuées par la colère de son conducteur crispé sur le klaxon, c’est le bonheur complet, un vrai plaisir de fin gourmet.
J’aime faire des dons d’argent aussi. Pas aux Restos du Cœur, non, ni à la Croix Rouge, c’est bien trop conventionnel. Non, moi je préfère les agences immobilières dans le besoin, si nombreuses à Paris.
Et comme ça fait déjà cinq mois que j’ai emménagé dans mon nouvel appartement au troisième étage sans ascenseur et que j’ai signé mon dernier chèque à quatre chiffres, forcément, ça me démange et je craque : je me gratte. A deux mains. Et même à quatre, en fait.
Car c’est décidé, j’emménage avec
la Femme. A la base de base, pour paraphraser Harry de l’Ile de la Tentation, je n’étais pas particulièrement chaud, mes dernières tentatives de cohabitation avec un être humain de genre féminin s’étant étrangement soldés à court terme par la mort subite de la relation qui nous unissait, avec option porte qui claque. Mais après un bref examen de mon emploi du temps de ces derniers mois, une évidence s’impose : nous habitons déjà ensemble. Ou plutôt j’habite chez elle, puisque (ose-je l’avouer ?), je n’ai dormi en tout et pour tout que trois nuits dans mon appartement. Nous avons passé avec succès l’étape de la chaussette sale qui traîne et du plouf de caca gênant.
Si on est arrivé à ne pas s’entretuer en vivant à deux dans un studio de 17m2 avec un chat corpulent chacun, c’est le signe irréfutable, vous en conviendrez, que nous pouvons véritablement emménager ensemble sans que j’ai à prendre le métro pour aller chercher des sous-vêtements propres ou arroser mon ficus.
Et puis c’est Elle aussi, tout simplement, celle qui a mon cœur dans une poche et mes couilles dans l’autre.
Nous avons donc chacun donné notre préavis et nous sommes mis à nouveau sur le dur sentier de la recherche d’appartement. Nos exigences sont assez limitées : un loyer plus ou moins égal à la somme de nos loyers précédents, 45m2 minimum, du double vitrage, du chauffage central, du parquet, des placards, une grande cuisine pour que madame s’exprime pouvant contenir un frigo de grande taille, un lave-vaisselle et un lave-linge, un salon suffisamment grand pour gesticuler comme bon nous semble en jouant à la Wii, une orientation plein sud avec vue dégagée, une place de parking pour ranger mes jouets, une douche dans la salle de bain, des WC séparés, une cave ou au pire un dressing et enfin, un balcon.
Piece of cake, hein ? Heureusement, on a trois mois pour trouver.