Mais qui est-il ?

Mon contact à Washington me dit qu’on n’a pas affaire à un élève mais qu’on a affaire au professeur. Quand l’armée monte une opération qui ne doit pas échouer, c’est à lui qu’ils font appel pour entraîner les troupes, d’accord ? C’est le genre de type qui boirait un bidon d’essence pour pouvoir pisser sur ton feu de camp. Ce mec-là, tu le largues au Pôle Nord, sur la banquise avec un slip de bain pour tout vêtement, sans une brosse à dent, et demain matin tu le vois débarquer au bord de ta piscine avec un sourire jusqu’aux oreilles et les poches bourrées de pesos. Ce type-là est un professionnel.

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vendredi 1 août 2008

Fuite en navrant

La sentence est tombée tel un couperet. Cambrée comme à son habitude, comme si elle était toujours disposée aux plus folles chevauchées, la Femme se tenait face à moi, l’air résigné et triste, après m’avoir asséné cette nouvelle qui m’avait mis KO debout. « Et ça fait longtemps ? » lui demandai-je en me mordant la lèvre inférieure, tentant de ravaler mes larmes d’homme blessé. « Oui. Au début ça n’arrivait que de temps en temps, mais depuis quelques jours, c’est presque continuel » répondit-elle en tentant d’échapper à mon regard embrumé en fixant à travers la baie vitrée un pigeon en train de chier à l’aise sur la rambarde de notre balcon. « Mais que va-t-on devenir ? » éclatais-je dans un sanglot, alors que mes genoux se mettaient à trembler.

C’est une épreuve que je redoutais depuis notre emménagement, un écueil sur lequel de trop nombreux couples ont du passer et qui en a fait voler en éclats plus d’un. Il serait faux de dire que je ne l’avais pas remarqué, mais j’avais préféré l’ignorer, bête que je suis, pensant que le problème finirait bien par se résoudre de lui-même. Mais cela n’avait évidemment que contribuer à son développement.

Il fallait maintenant se rendre à l’évidence : cette fuite de chasse d’eau n’allait pas se résorber toute seule et l’usage d’une bassine judicieusement posée, même si elle servait de seconde gamelle aux chats qui s’en délectaient avec un plaisir pour le moins dérangeant, ne pouvaient être une solution que temporaire.

Etant maintenant fichés comme l’ennemi public numéro un, la cible à abattre par l’ordre des plombiers de Paris depuis l’épisode des cabinets bouchés dans l’ancien appartement de la Femme (mais si, rappelez-vous), la solution ne pouvait venir que de nous. Et quand je dis nous, je dis bien sûr moi, puisque il est bien établi dans notre ménage que tout ce qui a trait de près ou de loin au pipi et au caca, qu’ils soient félins ou humains, ou même toute activité représentant un risque potentiel non négligeable de salissures cradingues me revenaient de droit. La litière, c’est moi. Les chiottes, toujours moi. La poubelle (pour aller danser), encore moi. Et tout celle qui vous dit le contraire est une menteuse.

Après, c’est comme à chaque épreuve que l’on m’impose : je procrastine, je tourne tous les scénarios dans ma tête, se terminant tous immanquablement par une catastrophe, j’en mets un en pratique, et la catastrophe prévue arrive. Au-to-ma-tique. A moins que ça en soit une autre que je n’avais pas imaginée.

Là, des images de voisin du dessous noyé ou de cascades par le balcon avec un chat en rafting dessus s’entrechoquaient dans ma caboche au teint halé pas encore venu. Mais au bout de quelques semaines, il fallait bien se résoudre à agir.

C’est donc avec angoisse que je parcours les allées du CastoBrico, un monde étrange rempli d’inquiétants instruments contondants que des poilus aussi larges que hauts en bleu de travail saisissent à bras le corps par grappe entière. J’avise un vendeur à l’air jovial. Peut-être même un peu trop. « Bonjour monsieur, pourriez-vous partager votre infinie connaissance de la géographie des lieux en m’indiquant s’il vous plaît le rayon des joints ? ». « Ouais mais on est en juillet là ahahah nan j’déconne, c’est pour quoi vos joints là ? Eau, gaz, haschich ahahah nan j’déconne ? ». Lord, have mercy. Je finis par acheter un assortiment de joints divers et variés et je rentre à la maison.

Là tout se passe comme dans un rêve : l’écrou n’est pas grippé et se dessert gentiment, révélant une absence totale de joint expliquant la fuite, j’en trouve un à la dimension exacte, je le place, et je resserre délicatement l’écrou désormais soigné de son énurésie. Et basta fuite. Un vrai miracle, je sais maintenant que je peux faire quelque chose de mes dix doigts sans finir par n’en compter plus que neuf.

Pas peu fier, le Cactus. « Et sinon poupée, ça t’amuserait qu’on joue au plombier nu sous sa salopette et à la femme au foyer en détresse ? » demandais-je à la femme d’un air malicieux, encore à cheval sur les toilettes avec une clé à molette à la main. « Pas là, nan » répondit-elle d’un air laconique.

- Posté à 14:48 -
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