Mon contact à Washington me dit qu’on n’a pas affaire à un élève mais qu’on a affaire au professeur. Quand l’armée monte une opération qui ne doit pas échouer, c’est à lui qu’ils font appel pour entraîner les troupes, d’accord ? C’est le genre de type qui boirait un bidon d’essence pour pouvoir pisser sur ton feu de camp. Ce mec-là, tu le largues au Pôle Nord, sur la banquise avec un slip de bain pour tout vêtement, sans une brosse à dent, et demain matin tu le vois débarquer au bord de ta piscine avec un sourire jusqu’aux oreilles et les poches bourrées de pesos. Ce type-là est un professionnel.
Ne voyez aucun rapport entre le titre et mon précédent billet, je vous ferai un compte-rendu complet de mon essai une prochaine fois.
L’un des éléments vitaux pour me permettre d’affronter la foule des transports en commun parisiens sans fondre en larmes, tuer la moitié d’une rame RATP ou les deux en même temps est sans aucun doute mon lecteur MP3. Avec mon casque vissé sur le crâne, sentir tous ces corps tièdes à l’haleine fétide s’agglutiner contre moi devient supportable pendant quelques minutes, et m’épargne de plus des conversations insipides environnantes.
Ma très chère belle-mère, qui mérite son titre à plus d’une raison, m’a d’ailleurs offert un nouveau lecteur la dernière fois que l’aiguille des heures de mon horloge personnelle a pointé sur le chiffre suivant. Un joli, tout chouette, tout petit, qui se glisse discrètement au fond de la poche entre mon téléphone portable tout pourri, mon pass Navigo et un mouchoir à l’âge et au contenu indéterminés. Il est cependant équipé d’une option dont je me serais bien passé : un haut-parleur par lequel est automatiquement diffusée la musique si aucun casque n’est branché.
Faisons s’il vous plaît avant de poursuivre un bref aparté sur ce que j’écoute. Tout ceux qui vous disent « ouais, moi tu vois j’ai des goûts éclectiques en musique, j’aime tout, chuis trop open » vous mentent, puisque j’ai moi-même inventé le mot éclectisme et qu’il ne s’applique qu’à mes goûts musicaux. Dans mon nouveau super lecteur MP3, que trouve-t-on donc ? Du House Of Pain, du Thomas Fersen, du Nine Inch Nails. Du Tricky, du Kings of Leon, du Wu Tang Clan. Du Wax Tailor, du Mademoiselle K, du Martin Solveig. Plus quelques chansons inavouables. Mais malheureusement avouées à un wagon bondé.
Le métro démarre. Pas préparé à un départ aussi vif, je me rattrape de justesse à un poteau, arrachant malheureusement dans ce geste de récupération désespéré la prise jack de mon casque. Le haut-parleur prend le relais, le temps que je fourre prestement la main dans ma poche bien encombrée pour trouver le lecteur si petit si mignon mais à ce moment précis, surtout petit. Pendant ces quelques interminables secondes, les chœurs de Richard Gotainer affirmaient de leurs voix aiguës mais fortes que quand on fait le mambo, on s'emmêle les nougats et le tango, c'est très beau mais on sait pas les pas.