J’ai toujours trouvé difficile à accepter de devoir lâcher de 15 à 30€ toutes les six semaines pour une coupe de cheveux chez le coiffeur, mes besoins à ce niveau étant plus que fonctionnels et tournés vers une efficacité maximum. A l’éternelle demande « et pour le monsieur, qu’est-ce que ce sera ? », ma réponse est en effet invariablement la même : « court ». Pas de carré plongeant, pas de mulet, de raie sur le côté ni même de gel effet saut du lit, juste une coupe pour être à l’aise et suffisamment courte pour ne pas avoir à me battre en duel tous les matins avec un épi réfractaire. Rien en fait qui ne nécessite autre chose que l’utilisation d’une bête tondeuse, mais que les paysagistes capillaires ne peuvent s’empêcher de saupoudrer de quelques cliquetis de ciseaux pour faire genre.
Alors d’accord, vous me direz que ça manque de subtilité et de finesse, que les cheveux peuvent être considérés comme une arme de séduction massive parce qu’ils le disent à la télé. Mais je fais ce que je veux avec mes cheveux. Ou plutôt eux font ce qu’ils veulent, puisqu’il apparaît pour le moins compliqué de leur imposer une discipline quelconque : plaquez-les en arrière et mes cheveux se cabrent. D’où mon désintérêt final complet.
Ne croyez cependant pas que je suis pour autant réfractaire aux charmes de toutes crinières, je n’aime rien tant qu’emprisonner mes doigts dans la délicate chevelure de la femme et regarder ses si fins cheveux se dresser sur sa nuque alors que je lui effleure l’épaule de mes lèvres. Mais rendez-moi ma boussole, je m’égare du Nord.
A la veille de nos vacances d’été, j’arborais une coupe improbable à mi-chemin entre Richard Dean Anderson époque McGyver et Shaft dans sa version originale. Face à trois semaines à l’abri des remarques goguenardes de mes collègues en cas de résultat approximatif, je me décidais à confier ma tête, en plus de mon cœur et de ma bite, à ma chère et tendre qui n’en demandait pas tant. J’étais déjà équipé d’une splendide tondeuse avec sabot intégré réglable qui me servait seulement à me raccourcir la barbe de temps en temps, mais qui pouvait aussi très bien faire l’affaire plus haut.
Après m’avoir fait signer une décharge en bonne et due forme pour éviter les poursuites et armée de la tondeuse susnommée au sabot réglé par mes soins, la Femme s’est donc courageusement mise à l’ouvrage. Après quelques minutes de labeur dans un silence seulement troublé par le bruit de l’appareil, les commentaires de ma coiffeuse débutante ne sont pas faits pour me rassurer. « C’est très court hein ». Comme elle avait commencé par l’arrière de la tête, impossible de voir l’étendue des dégâts. Jusqu’à ce que je passe la main pour sentir les premiers résultats. « Heu… court est un euphémisme, là j’ai plus de cheveux jusqu’à la moitié du crâne. Du tout. » répondis-je en tâtonnant sur ma nuque à la recherche de survivants.
La source du problème fut rapidement découverte. Dans ses mains normalement si habiles quand il s’agit de les promener sur mon corps, ma chère et tendre tenait la tondeuse à l’envers, ce qui supprimait toute efficacité au sabot. Original.
Après quelques minutes de désarroi bien compréhensible, deux solutions s’offraient à moi. Soit propager le désert de l’arrière de la tête jusqu’aux tempes en gardant le dessus long dans le plus pur style Prince de Bel Air, soit me raser entièrement la tête. Etant plus proche physiquement de Yul Brynner que de Will Smith, la seconde idée l’emporta. La Femme continua donc d’utiliser sa technique très personnelle sur le reste de ma tête avant de passer au rasoir mécanique et à la crème à raser.
Une heure plus tard, c’est terminé. Mon crâne luit sous les spots de la salle de bain, alors que je me tiens figé devant le miroir. « Bordel, j’ai l’air d’un singe de l’espace » fut ma première réflexion.
Le résultat est tout de même moins pire que je pensais, mon crâne ne présentant ni bosse ni creux d’aucune sorte. Mieux, après m’être rasé la barbe pour dégager le bouc, une opération qui me rend chèvre à chaque fois pour parvenir à garder une symétrie acceptable, je suis finalement plutôt satisfait.
Pas la peine de demander l’avis de la Femme, ses yeux brillants suffisent : « ça te durcit les traits, on va encore moins t’emmerder dans la rue, ça fait bad boy, j’adore », finit-elle par résumer.
Mais l’expérience n’est pas que visuelle : la peau fine et sensible du crâne est très agréable à toucher et procure même des sensations étranges. Elle permet par exemple de trouver le sens du vent sans lever un doigt baveux ou de sentir la chaleur d’une ampoule en passant sous un lustre. C’est assez troublant, à défaut d’être utile.
Avec aujourd’hui deux semaines de recul et un bronzage maintenant uniforme sur l’ensemble du crâne, j’avoue être conquis.