Mais qui est-il ?

Mon contact à Washington me dit qu’on n’a pas affaire à un élève mais qu’on a affaire au professeur. Quand l’armée monte une opération qui ne doit pas échouer, c’est à lui qu’ils font appel pour entraîner les troupes, d’accord ? C’est le genre de type qui boirait un bidon d’essence pour pouvoir pisser sur ton feu de camp. Ce mec-là, tu le largues au Pôle Nord, sur la banquise avec un slip de bain pour tout vêtement, sans une brosse à dent, et demain matin tu le vois débarquer au bord de ta piscine avec un sourire jusqu’aux oreilles et les poches bourrées de pesos. Ce type-là est un professionnel.

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lundi 25 février 2008

Distrait, money for nothing

Vous connaissez probablement aussi cette angoisse : devant la porte d’entrée de votre immeuble, vous glissez la main dans votre poche à la recherche des clés et là rien. Le vide absolu. Le néant total. L’éventualité de les avoir perdues vous effleure inévitablement, causant bouffées de chaleur, sang qui tape au niveau des tempes et chute d’une goutte de sueur le long de votre colonne vertébrale jusqu’à se perdre dans la vallée des plaisirs défendus dans certains états américains.

Mais après quelques minutes de réflexion, c’est très clair : ce matin, quand, encore à moitié endormi je me lavais les dents avec ma brosse à cheveux tout en m’efforçant de mettre ma chaussure droite sur le pied gauche, ce n’est pas mon trousseau de clés que j’ai saisi sans regarder sur le buffet de l’entrée avant de le fourrer dans ma poche mais une poignée de pot pourri. Et comme pour une fois je partais en même temps que la Femme et qu’elle s’est chargée de fermer la porte, la supercherie est passée inaperçue, même si je me suis demandé une partie de la matinée pourquoi ma main sentait les toilettes.

La journée de travail se passe, le soir arrive enfin. La nuit tombe et je suis bloqué en bas de l’immeuble, les traits tirés par la fatigue et l’épaule droite profondément entamée par la bride de la sacoche de mon ordinateur portable. Alors que je lève la tête vers les cieux pour hurler ma désapprobation au Grand Propriétaire Tonnant et au Lumineux Organisateur Loyal (mieux connus sous les noms de GPT, LOL), ceux-ci, vexés, répliquent par quelques gouttes de pluie sur ma tronche. C’est ce qui s’appelle boire le calice jusqu’à la lie.

Alors que j’hésitais entre pleurer et me rouler par terre, un voisin arrive et je me glisse derrière lui pour rentrer dans le hall. Me voilà dans l’immeuble et donc, au sec. Il est temps de s’organiser en attendant le retour de la Femme. Devant la porte de son appartement, je sors mon ordinateur. Joie, le Wifi fonctionne ! Houston, nous avons Internet !

Me voici donc assis sur son paillasson, à mettre à jour mon blog en direct live, seulement interrompu de temps en temps par l’extinction de la lumière par la minuterie ou par un voisin au regard condescendant et suspicieux rentrant chez lui se mettre au chaud. Vivement que la Femme revienne, parce que la batterie commence à faiblir…

- Posté à 18:57 -
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jeudi 14 février 2008

Juste fais-le

A l’adolescence, comme la plupart des garçons de ma génération, j’ai été frappé de plein fouet d’abord par une voix déraillant volontiers dans les aigus, une petite moustache ingrate tenant plus du duvet que des bacchantes, mais aussi par la mode naissante des baskets de marque. Pour attirer le respect dans la cour de récréation, il fallait avoir du cher, du gros, du coloré au pied, qui, à cet âge là, a tendance à grandir avant tout le reste. N’ayant pas encore à cette époque la force de caractère qui me caractérise aujourd’hui et qui m’autorise à m’habiller comme bon me semble et mal de préférence sauf quand la Femme ne veut pas, c’est avec empressement que j’étais monté dans ce wagon.

Malheureusement, sans vouloir faire mon Oliver Twist à Saint Tropez, mes parents rechignaient à l’époque à faire des emprunts sur 20 ans pour m’offrir la paire de chaussures de mes rêves. J’avais donc en fait un budget déjà confortable de 300 francs (oui, c’était des francs à l’époque, pour tous les merdeux qui me lisent par milliers), et libre à moi de l’étendre avec mon argent de poche, qui était déjà fortement monopolisé par les jeux vidéos sur NES. A moi donc les Adidas Torsion, les Nike Air d’entrée de gamme et certaines Reebok Pump en promotion.

Mais ces baskets-là me permettaient juste de sortir de la fange ignoble des baskets No Name de supermarché pour simplement rentrer dans la norme, sans me démarquer. Les kings de la cour, eux, ne portaient qu’un seul modèle : la seule, l’unique, Nike Air Jordan, à l’époque où le basketteur qui dunk les jambes écartés en tirant la langue était au zénith de sa gloire. Mais, à plus de 800 francs, elles étaient clairement hors de portée pour mes petites bourses prépubères. Chaque année, un nouveau modèle sortait, plus beau et plus cher que le précédent, qui me faisait baver d’envie, un vrai calvaire.

Quinze ans plus tard, je suis devenu un adulte. Ou presque. Quand un de mes collègues m’a parlé d’une vente privée de Nike Air Jordan collector, je suis redevenu un adolescent en quelques secondes, sans les pollutions nocturnes. Et alors que Grenouille m’envoyait des textos vengeurs depuis la Flèche d’Or pour que je rapplique au plus vite, je me suis porté acquéreur pour un prix totalement indécent d’une paire de la 8ième génération, commercialisée en 1993, l’année de tous les records pour Jordan, mais aussi de sa mycose aux pieds (véridique).

Me voilà enfin complet en tant qu’homme. Maintenant il faut juste que j’arrive à convaincre la Femme de continuer à tenir ma main d'adolescent attardé dans la rue quand je les porte fièrement. Surtout quand j’attire des remarques d’envie style « Mate les pompes, mec ! Wouah l’bâtard ! » de la part d’encasquettés aux goûts sûrs.

- Posté à 15:08 -
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mercredi 6 février 2008

Chat pître mais roux cool



Au début, il n’avait pas vu mon arrivée d’un très bon œil. La journée, il m’ignorait cordialement, creusant même le dos sous mes tentatives de caresse. La nuit, il urinait régulièrement sur mes vêtements laissés sur le canapé, le fourbe, ce qui me valait de très agréables surprises au matin, quand je m’habillais dans le noir.

Mais, petit à petit, alors qu’il se rendait bien compte que j’étais là pour de bon, je le surprenais à frôler mes jambes avant de s’enfuir, puis à accepter que je m’assois à côté de lui alors qu’il faisait sa sieste dans le canapé, sans pour autant se carapater.

Aujourd’hui, je ne peux pas m’affaler dans le canapé ou par terre sans le voir arriver, l’air de rien et la queue dressée. Là il s’assoit et me fixe de ses grands yeux à la pupille dilatée, majestueux, les pattes parfaitement alignés malaxant le sol tour à tour. Puis dès que je lui fais signe, il saute d’abord sur mes genoux, puis grimpe le long de mon torse pour aller se cramponner à mon épaule comme un naufragé à sa bouée, un métaphore qui, je le conçois, n’est pas très flatteuse pour moi, mais c’est vrai qu’il faut que je reprenne le sport.

Là, portant le chat d’or même si je suis agnostique, celui-ci exige mes caresses, frottant sa tête contre ma joue râpeuse dans un ronronnement que ne renierait pas un V8 de Détroit. Comment résister ? Il est si doux et sent si bon… Je passe ainsi des heures avec une écharpe en fourrure bien vivante, qui ondule sous mes doigts.

Même si j’ai toujours eu des chats dans mon entourage, c’est celui qui m’a manifesté le plus d’amour, un amour totalement désintéressé puisque je ne suis responsable ni de son approvisionnement en croquettes, ni de leur élimination une fois digérées. Et cette fièvre de caresse est une formidable source d’apaisement après une journée de travail stressante.

Certes, il en deviendrait presque envahissant. Il arrive même qu’il grimpe sur mes genoux sans crier gare pendant le dîner, même si je suis en train de manger un steak. Mais cela ne me dérange pas, je mets le chat roux avant les bœufs.

- Posté à 15:32 -
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lundi 4 février 2008

Appart à part

Et bien oui, piece of cake, comme ce tueur de suspense de MonsieurF l’a lâchement dévoilé dans les commentaire, nous avons trouvé le soir même l’appartement de nos rêves. Oui, déjà, je ne vous le fais pas dire.

C’est bien simple, il coche quasiment toutes les cases du tableau que nous nous étions faits et que j’ai énuméré ci-dessous. Quasiment ? D’accord, on devra faire sans le lave-vaisselle, à mon grand désespoir puisque cette corvée détestable me revient, et que je dois la réaliser nu sous un tablier comme la Femme me l’impose. Et il est orienté plein est. Mais voilà les deux seules concessions que nous devrons faire. Mieux que ça, il comprend de plus un box fermé pour mon bolide et la cuisine est déjà équipée d’un grand frigo, d’une cuisinière et de plaques à gaz. Bon, il faudra faire avec un loyer supérieur de 35€ à ce que nous voulions mettre au maximum, mais l’appartement se libère seulement sept jours avant la fin de nos préavis. Comment ? Que dites vous ? Nous avons les miches bordées de tagliatelles au pesto ? Certes.

Mais bien sûr, tout ne s’est pas fait aussi facilement. A peine la porte d’entrée franchie, nous savions, la Femme et moi, que c’était l’Appartement avec un grand A. Après un rapide tour du propriétaire qui nous conforte dans nos certitudes, nous devons selon l’agent immobilier porter directement notre dossier amoureusement concocté à l’agence, située à quelques centaines de mètres mais fermant dans 15 minutes. Nous sommes informés qu’aucun autre dossier n’a été encore déposé mais en sortant de l’immeuble, nous croisons un autre couple mais très laid, eux, qui s’apprête à visiter NOTRE appartement. Je retiens la Femme de leur crever les yeux de ses ongles aiguisés sur mon dos et c’est un pas leste que nous nous dirigeons vers l’agence.

Une fois arrivé commence le long examen des très nombreuses pièces de notre dossier dans un silence de cathédrale seulement interrompu par quelques tapotements sur une calculatrice et les gouttes de transpiration tombant de mon front. J’avais bien donné comme consigne à la Femme de garder sa meilleure poker face, mais elle ne pouvait s’empêcher d’afficher un sourire béat.

« Et bien ça me semble très bien tout ça. Maintenant pour le réserver, il vous faut donner un chèque pour régler la moitié des frais d’agence ».

Comme dans un film, nous nous tournons l’un vers l’autre et nous écrions en chœur :

« Tu as ton chéquier ? Moi non ».

Nom de Zeus. Heureusement, l’appartement de la Femme n’est qu’à quelques rues d’ici, mais l’agence est sur le point de fermer et le vilain couple peut montrer le bout de son vilain nez à tout moment. Au mépris de toute règle et dignité, nous nous élançons donc à travers les avenues très encombrées. L’aller-retour se fera en un éclair, nous laissant juste le temps d’échafauder les pires théories, de manquer nous faire renverser 10 fois par des scooters, et disons-le tout net, de flipper comme des tarés.

« Jamais on l’aura. »
« Mais si. »
« Jamais on l’aura. »
« Mais si. »

A nouveau devant l’agence, complètement essoufflés, nous les voyons à travers la vitrine légèrement embuée. Le vilain couple est là, plus affreux que jamais. Mais rien n’est joué encore, ils en sont toujours au stade de l’examen du dossier et c’est avec un sourire crispé qu’ils nous voient entrer.

Le temps de remplir et de signer le chèque et nous avons officiellement déposé le premier dossier complet. Celui-ci sera inspecté par le propriétaire et nous devrions avoir une réponse le lendemain.

Après une nuit où nous aurons beaucoup de mal à nous endormir et une matinée où je fais semblant de travailler, mon téléphone sonne. C’est l’agence. Notre dossier a été accepté. Nous l’avons. Joie.

Il ne reste plus maintenant qu’à attendre deux longs mois avant de pouvoir emménager et nous sommes pressés et enthousiastes comme des enfants la veille de Noël. Une nouvelle vie va commencer, la nôtre. Voilà, pour une fois je finirai sur une note romantique plutôt que sur une blague pourrie, vous m’excuserez.

- Posté à 17:41 -
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