Mais qui est-il ?

Mon contact à Washington me dit qu’on n’a pas affaire à un élève mais qu’on a affaire au professeur. Quand l’armée monte une opération qui ne doit pas échouer, c’est à lui qu’ils font appel pour entraîner les troupes, d’accord ? C’est le genre de type qui boirait un bidon d’essence pour pouvoir pisser sur ton feu de camp. Ce mec-là, tu le largues au Pôle Nord, sur la banquise avec un slip de bain pour tout vêtement, sans une brosse à dent, et demain matin tu le vois débarquer au bord de ta piscine avec un sourire jusqu’aux oreilles et les poches bourrées de pesos. Ce type-là est un professionnel.

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mercredi 27 août 2008

Tête de nœud marin

J’ai toujours trouvé difficile à accepter de devoir lâcher de 15 à 30€ toutes les six semaines pour une coupe de cheveux chez le coiffeur, mes besoins à ce niveau étant plus que fonctionnels et tournés vers une efficacité maximum. A l’éternelle demande « et pour le monsieur, qu’est-ce que ce sera ? », ma réponse est en effet invariablement la même : « court ». Pas de carré plongeant, pas de mulet, de raie sur le côté ni même de gel effet saut du lit, juste une coupe pour être à l’aise et suffisamment courte pour ne pas avoir à me battre en duel tous les matins avec un épi réfractaire. Rien en fait qui ne nécessite autre chose que l’utilisation d’une bête tondeuse, mais que les paysagistes capillaires ne peuvent s’empêcher de saupoudrer de quelques cliquetis de ciseaux pour faire genre.

Alors d’accord, vous me direz que ça manque de subtilité et de finesse, que les cheveux peuvent être considérés comme une arme de séduction massive parce qu’ils le disent à la télé. Mais je fais ce que je veux avec mes cheveux. Ou plutôt eux font ce qu’ils veulent, puisqu’il apparaît pour le moins compliqué de leur imposer une discipline quelconque : plaquez-les en arrière et mes cheveux se cabrent. D’où mon désintérêt final complet.

Ne croyez cependant pas que je suis pour autant réfractaire aux charmes de toutes crinières, je n’aime rien tant qu’emprisonner mes doigts dans la délicate chevelure de la femme et regarder ses si fins cheveux se dresser sur sa nuque alors que je lui effleure l’épaule de mes lèvres. Mais rendez-moi ma boussole, je m’égare du Nord.

A la veille de nos vacances d’été, j’arborais une coupe improbable à mi-chemin entre Richard Dean Anderson époque McGyver et Shaft dans sa version originale. Face à trois semaines à l’abri des remarques goguenardes de mes collègues en cas de résultat approximatif, je me décidais à confier ma tête, en plus de mon cœur et de ma bite, à ma chère et tendre qui n’en demandait pas tant. J’étais déjà équipé d’une splendide tondeuse avec sabot intégré réglable qui me servait seulement à me raccourcir la barbe de temps en temps, mais qui pouvait aussi très bien faire l’affaire plus haut.
Après m’avoir fait signer une décharge en bonne et due forme pour éviter les poursuites et armée de la tondeuse susnommée au sabot réglé par mes soins, la Femme s’est donc courageusement mise à l’ouvrage. Après quelques minutes de labeur dans un silence seulement troublé par le bruit de l’appareil, les commentaires de ma coiffeuse débutante ne sont pas faits pour me rassurer. « C’est très court hein ». Comme elle avait commencé par l’arrière de la tête, impossible de voir l’étendue des dégâts. Jusqu’à ce que je passe la main pour sentir les premiers résultats. « Heu… court est un euphémisme, là j’ai plus de cheveux jusqu’à la moitié du crâne. Du tout. » répondis-je en tâtonnant sur ma nuque à la recherche de survivants.

La source du problème fut rapidement découverte. Dans ses mains normalement si habiles quand il s’agit de les promener sur mon corps, ma chère et tendre tenait la tondeuse à l’envers, ce qui supprimait toute efficacité au sabot. Original.

Après quelques minutes de désarroi bien compréhensible, deux solutions s’offraient à moi. Soit propager le désert de l’arrière de la tête jusqu’aux tempes en gardant le dessus long dans le plus pur style Prince de Bel Air, soit me raser entièrement la tête. Etant plus proche physiquement de Yul Brynner que de Will Smith, la seconde idée l’emporta. La Femme continua donc d’utiliser sa technique très personnelle sur le reste de ma tête avant de passer au rasoir mécanique et à la crème à raser.

Une heure plus tard, c’est terminé. Mon crâne luit sous les spots de la salle de bain, alors que je me tiens figé devant le miroir. « Bordel, j’ai l’air d’un singe de l’espace » fut ma première réflexion.

Le résultat est tout de même moins pire que je pensais, mon crâne ne présentant ni bosse ni creux d’aucune sorte. Mieux, après m’être rasé la barbe pour dégager le bouc, une opération qui me rend chèvre à chaque fois pour parvenir à garder une symétrie acceptable, je suis finalement plutôt satisfait.

Pas la peine de demander l’avis de la Femme, ses yeux brillants suffisent : « ça te durcit les traits, on va encore moins t’emmerder dans la rue, ça fait bad boy, j’adore », finit-elle par résumer.

Mais l’expérience n’est pas que visuelle : la peau fine et sensible du crâne est très agréable à toucher et procure même des sensations étranges. Elle permet par exemple de trouver le sens du vent sans lever un doigt baveux ou de sentir la chaleur d’une ampoule en passant sous un lustre. C’est assez troublant, à défaut d’être utile.

Avec aujourd’hui deux semaines de recul et un bronzage maintenant uniforme sur l’ensemble du crâne, j’avoue être conquis.

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mardi 12 août 2008

On gigote le haut, on agite le bas.

Ne voyez aucun rapport entre le titre et mon précédent billet, je vous ferai un compte-rendu complet de mon essai une prochaine fois.

L’un des éléments vitaux pour me permettre d’affronter la foule des transports en commun parisiens sans fondre en larmes, tuer la moitié d’une rame RATP ou les deux en même temps est sans aucun doute mon lecteur MP3. Avec mon casque vissé sur le crâne, sentir tous ces corps tièdes à l’haleine fétide s’agglutiner contre moi devient supportable pendant quelques minutes, et m’épargne de plus des conversations insipides environnantes.

Ma très chère belle-mère, qui mérite son titre à plus d’une raison, m’a d’ailleurs offert un nouveau lecteur la dernière fois que l’aiguille des heures de mon horloge personnelle a pointé sur le chiffre suivant. Un joli, tout chouette, tout petit, qui se glisse discrètement au fond de la poche entre mon téléphone portable tout pourri, mon pass Navigo et un mouchoir à l’âge et au contenu indéterminés. Il est cependant équipé d’une option dont je me serais bien passé : un haut-parleur par lequel est automatiquement diffusée la musique si aucun casque n’est branché.

Faisons s’il vous plaît avant de poursuivre un bref aparté sur ce que j’écoute. Tout ceux qui vous disent « ouais, moi tu vois j’ai des goûts éclectiques en musique, j’aime tout, chuis trop open » vous mentent, puisque j’ai moi-même inventé le mot éclectisme et qu’il ne s’applique qu’à mes goûts musicaux. Dans mon nouveau super lecteur MP3, que trouve-t-on donc ? Du House Of Pain, du Thomas Fersen, du Nine Inch Nails. Du Tricky, du Kings of Leon, du Wu Tang Clan. Du Wax Tailor, du Mademoiselle K, du Martin Solveig. Plus quelques chansons inavouables. Mais malheureusement avouées à un wagon bondé.

Le métro démarre. Pas préparé à un départ aussi vif, je me rattrape de justesse à un poteau, arrachant malheureusement dans ce geste de récupération désespéré la prise jack de mon casque. Le haut-parleur prend le relais, le temps que je fourre prestement la main dans ma poche bien encombrée pour trouver le lecteur si petit si mignon mais à ce moment précis, surtout petit. Pendant ces quelques interminables secondes, les chœurs de Richard Gotainer affirmaient de leurs voix aiguës mais fortes que quand on fait le mambo, on s'emmêle les nougats et le tango, c'est très beau mais on sait pas les pas.


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mercredi 6 août 2008

Tenga, une fille

Partager la vie d’une éminente journaliste spécialisée dans la presse pour adulte n’est pas aussi idyllique que certains pourraient le croire.

D’accord, je le conçois, peu d’hommes voient leurs femmes rentrer du boulot un DVD à la main et leur dire « chérie, je suis désolé, ce soir je dois regarder Lascives, chiennes infidèles, ça ne te gène pas ? », sont sollicités pour relire des dossiers sur les bienfaits dermatologiques de l’éjaculation faciale ou reçoivent des invitations pour aller à des soirées bondées d’actrices pornographiques. D’accord.

Mais le problème est qu’on assiste (paraît-il) à une certaine émergence des sex-toys pour homme. Et qu’on me met physiquement à contribution. Et que ne voulant pas pénaliser professionnellement ma moitié, je me dois de m’exécuter.

Hier soir, j’ai donc eu droit à un cadeau. N’ayant pas une culture générale particulièrement développée dans ce domaine, je n’ai pas tout de suite compris de quoi il s’agissait.



« C’est quoi ce truc ? Un tube de Biafine ? Du gel douche qui ne pique pas les yeux ? »
« Nan, c’est un tenga. »
« Un tanga ? Tu veux encore que je porte tes sous-vêtements ? Tu sais, ça me gène un peu pour marcher…»
« Mais non, un tEnga ! »

Avouant mon ignorance, j’ai eu droit à un cours magistrale. Et un nouveau monde s’est ouvert à moi.

« Le Tenga, aussi appelé Onacup au Japon, est une marque de vagins artificiels, proposant plusieurs modèles offrant différentes sensations à l’utilisateur. Composés de silicone et prélubrifiés, ils sont à usage unique. Deux millions d’exemplaires ont été vendus l’année dernière. Regarde, voilà comment c’est à l’intérieur. »



« Nan mais tu veux dire qu’il faut que je mette mon trilili là-dedans ? »
« Ben ouais, Einstein. Je pourrai rester pour regarder et prendre des notes ? »
« … »
« Tu verras, ça fait fureur au Japon, il paraît même qu’ils ont des problèmes de natalité à cause de ça, les mecs préfèrent les Tengas aux vraies femmes. »
« … »

A 15€ le bout, ça fait cher la pignole quand même. Pour l’instant, je me tâte, sans mauvais jeu de mots.

Mais le plus drôle est que le Tenga était aussi la monnaie de l’Ouzbékistan avant d’être remplacé par le rouble russe en 1920. Si si. Et que le Tenga valait 10 falus. Promis, j’invente rien.

- Posté à 16:19 -
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lundi 4 août 2008

Plaques on blondes

Vous vous souvenez probablement du jeu du « trouvez le département » à laquelle vous vous adonniez fiévreusement étant jeune depuis la banquette arrière de la R21 Nevada parentale sur la route des vacances, entre deux vomis ? Je suis sûr que les éclats de rire enfantins qui en résultaient, sur fond de « La Croqueuse de Diamant » de Catherine Lara, résonnent toujours aujourd’hui dans votre tête d’adulte, aussi vivaces que le souvenir de la moustache paternelle à la Magnum de l’époque.

Et bien tout ça, c’est fini. FI-NI. Non seulement c’est beaucoup trop 20ième siècle pour les bambins d’aujourd’hui gavés à la PSP mais c’est surtout parce que le système d’immatriculation français laissera sa place dès le 1er Janvier 2009 au format européen qui sera le suivant : AB-123-CD, sans aucune mention obligatoire du département.

Mais cela sonne aussi le glas des séquences de trois lettres, qui valaient parfois quelques sourires en coin aux esprits tordus comme le mien ainsi qu’un regard condescendant aux conducteurs des véhicules les arborant. Evidemment, ça ne vole pas bien haut, mais moi, un QKK, j’avoue que ça me fait glousser. Un POQ aussi. Et ne me lancez même pas sur le duo QKC et QPT, s’il vous plaît.

Ce n’est pourtant rien comparé à ce que j’ai trouvé ce week-end. La scène se passe Porte de la Muette, où je me suis fait entraîné une fois de plus par la Femme pour une séance shopping afin qu’elle renouvelle sa garde-robe avant de partir en vacances au soleil. Mon avis sur tout ce qui touche au domaine vestimentaire étant plus que facultatif, je suis aimablement autorisé à attendre devant la devanture du Promod sur lequel ma chère et tendre a jeté son dévolu. Les bras chargés par les achats précédents, je n’avais donc comme seule occupation passionnante qu’à me perdre dans mes pensées et laisser voguer mon imagination. Quand je l’ai aperçue dans la foule.

Dotée d'une démarche de héron le menton en l’air, on la voyait venir de loin avec sa longue chevelure peroxydée, sa bouche en cul de poule, ses lunettes de mouche presbyte soulignant une frange coupée à la règle, ses seins remontés jusqu'aux épaules, son bronzage trop carotte pour être honnête et sa jupe au ras de la salle des fêtes. Tout ce que j’aime. Sortant un trousseau de clés de son mini sac à main pendu au coude, elle ouvre une Smart Fortwo avant de s’y glisser dans une succession de mouvements parfaitement étudiée qui n'était pas sans rappeler la grâce de la girafe s'abreuvant dans un marigaud à l'eau croupie. La regardant partir, je ne peux m’empêcher de regarder sa plaque d’immatriculation.

QHT.

Et ça par contre, c'était priceless.

- Posté à 11:06 -
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vendredi 1 août 2008

Fuite en navrant

La sentence est tombée tel un couperet. Cambrée comme à son habitude, comme si elle était toujours disposée aux plus folles chevauchées, la Femme se tenait face à moi, l’air résigné et triste, après m’avoir asséné cette nouvelle qui m’avait mis KO debout. « Et ça fait longtemps ? » lui demandai-je en me mordant la lèvre inférieure, tentant de ravaler mes larmes d’homme blessé. « Oui. Au début ça n’arrivait que de temps en temps, mais depuis quelques jours, c’est presque continuel » répondit-elle en tentant d’échapper à mon regard embrumé en fixant à travers la baie vitrée un pigeon en train de chier à l’aise sur la rambarde de notre balcon. « Mais que va-t-on devenir ? » éclatais-je dans un sanglot, alors que mes genoux se mettaient à trembler.

C’est une épreuve que je redoutais depuis notre emménagement, un écueil sur lequel de trop nombreux couples ont du passer et qui en a fait voler en éclats plus d’un. Il serait faux de dire que je ne l’avais pas remarqué, mais j’avais préféré l’ignorer, bête que je suis, pensant que le problème finirait bien par se résoudre de lui-même. Mais cela n’avait évidemment que contribuer à son développement.

Il fallait maintenant se rendre à l’évidence : cette fuite de chasse d’eau n’allait pas se résorber toute seule et l’usage d’une bassine judicieusement posée, même si elle servait de seconde gamelle aux chats qui s’en délectaient avec un plaisir pour le moins dérangeant, ne pouvaient être une solution que temporaire.

Etant maintenant fichés comme l’ennemi public numéro un, la cible à abattre par l’ordre des plombiers de Paris depuis l’épisode des cabinets bouchés dans l’ancien appartement de la Femme (mais si, rappelez-vous), la solution ne pouvait venir que de nous. Et quand je dis nous, je dis bien sûr moi, puisque il est bien établi dans notre ménage que tout ce qui a trait de près ou de loin au pipi et au caca, qu’ils soient félins ou humains, ou même toute activité représentant un risque potentiel non négligeable de salissures cradingues me revenaient de droit. La litière, c’est moi. Les chiottes, toujours moi. La poubelle (pour aller danser), encore moi. Et tout celle qui vous dit le contraire est une menteuse.

Après, c’est comme à chaque épreuve que l’on m’impose : je procrastine, je tourne tous les scénarios dans ma tête, se terminant tous immanquablement par une catastrophe, j’en mets un en pratique, et la catastrophe prévue arrive. Au-to-ma-tique. A moins que ça en soit une autre que je n’avais pas imaginée.

Là, des images de voisin du dessous noyé ou de cascades par le balcon avec un chat en rafting dessus s’entrechoquaient dans ma caboche au teint halé pas encore venu. Mais au bout de quelques semaines, il fallait bien se résoudre à agir.

C’est donc avec angoisse que je parcours les allées du CastoBrico, un monde étrange rempli d’inquiétants instruments contondants que des poilus aussi larges que hauts en bleu de travail saisissent à bras le corps par grappe entière. J’avise un vendeur à l’air jovial. Peut-être même un peu trop. « Bonjour monsieur, pourriez-vous partager votre infinie connaissance de la géographie des lieux en m’indiquant s’il vous plaît le rayon des joints ? ». « Ouais mais on est en juillet là ahahah nan j’déconne, c’est pour quoi vos joints là ? Eau, gaz, haschich ahahah nan j’déconne ? ». Lord, have mercy. Je finis par acheter un assortiment de joints divers et variés et je rentre à la maison.

Là tout se passe comme dans un rêve : l’écrou n’est pas grippé et se dessert gentiment, révélant une absence totale de joint expliquant la fuite, j’en trouve un à la dimension exacte, je le place, et je resserre délicatement l’écrou désormais soigné de son énurésie. Et basta fuite. Un vrai miracle, je sais maintenant que je peux faire quelque chose de mes dix doigts sans finir par n’en compter plus que neuf.

Pas peu fier, le Cactus. « Et sinon poupée, ça t’amuserait qu’on joue au plombier nu sous sa salopette et à la femme au foyer en détresse ? » demandais-je à la femme d’un air malicieux, encore à cheval sur les toilettes avec une clé à molette à la main. « Pas là, nan » répondit-elle d’un air laconique.

- Posté à 14:48 -
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