Le mois dernier, c’était mon anniversaire, ce qui m’arrive, croyez-le ou non, une fois par an. Comme à chaque fois, ma tendre mère, dans le but de me faire plaisir le plus possible (et m’éviter de feindre l’émerveillement comme j’ai du le faire il y a deux ans face à une chemise à rayures couleur taupe et un polo indescriptible mais affreux quand même), a commencé à me demander ce que je voulais comme cadeau 30 jours avant la date avec répétition tous les deux jours jusqu’à l’obtention d’une réponse, avec la régularité et l’acharnement d’un robot pitbull ayant boulotté un métronome.
Mais cette année, c’était facile : me renouveler ma garde-robe sportive d’urgence. Parce que mes shorts, pour vous donner une idée, je les ai portés pour la première fois en cours d’EPS. Au lycée. En seconde. Et quand tu penses que je ne suis né ni dans les années 90, ni dans les années 80, tu as une idée des antiquités que je me trimballais sur le derrière jusque là (et combien j’ai fait du sport ces dix dernières années, mais c’est un autre sujet). Et pour le haut, c’est à peu près la même chose : du recyclage de T-shirts déformés aux couleurs délavées et de marques dont on n’a pas entendu parler depuis le siècle dernier, genre Gotcha ou LC Waïkiki. D’accord, ça ferait peut-être de moi l’avant-garde de la mode à Tirana, mais j’ai vu des mecs hésiter à passer après moi à la presse papillon à la salle de sport, des fois que mes loques vintage soient contagieuses, j’imagine.
Profitant d’un séjour maternel dans la capitale, nous nous sommes donc rendus bras dessus bras dessous (car oui, je tiens le bras de ma mère dans la rue, je suis un fils à sa maman et si ça pose un quelconque problème à qui que ce soit, je vais le lui dire et rira bien qui rira le dernier) dans un magasin de sport pour le dévaliser, et c’est parti pour une séance d’essayage, mes kilos perdus à foison ces dernières semaines nécessitant de revoir à la baisse les tailles que j’avais pour habitude de prendre les yeux fermés jusque là. Et là, c’est le drame, comme on dit.
N'oubliez pas d'admirer mon ficus au passageMa mère ne savait pas pour mes tétons. En sortant de la cabine d’essayage, je n’avais pas vu à quel point ça se voyait, et le temps que je me mette devant le miroir, je sentais son regard insistant, essayant de comprendre pourquoi elle avait l’impression que j’avais trois tétons de chaque côté, sachant qu’à ma naissance, elle avait du bien remarquer que je n’en avais en tout et pour tout que deux.
« Tiens, ça fait une forme bizarre, tu as si froid que ça ? » en les pointant du doigt.
« Mais m’man euh ! Je t’expliquerai, arrête, steuplé » me les cachant avec les mains.
Bien sûr sous le regard goguenard du vendeur assistant à la scène et qui avait tout compris en une seconde, mais mes hontes, si elles ne se déroulaient pas à chaque fois devant un maximum de spectateurs, ne seraient pas vraiment des hontes, n’est-ce pas ?
En rentrant chez moi, j’ai donc du m’expliquer.
« Tu m’avais pourtant dit que ceux de tes oreilles étaient les derniers, c’est quoi la suite, tu vas en faire plus bas ? »
« … »
« Le nombril je veux dire » rougissant jusqu’aux oreilles, se rendant soudainement compte du manque de précision de sa question pouvant laisser penser qu’elle voulait savoir si j’avais des projets de décoration dans mon slip.
J'ai alors trouvé le moment opportun pour m'évanouir afin d'échapper à cette conversation.